Un lutteur de Dieu


« Vous tous mes frères, si vous êtes condamnés à voir le triomphe du mal, ne l'acclamez jamais,

ne dites jamais au mal : Tu es le bien ;

à la décadence : Tu es le progrès ;

à la nuit : Tu es la lumière ;

à la mort : Tu es la vie.

Sanctifiez-vous dans le temps où Dieu vous a placés ; gémissez des maux et des désordres que Dieu tolère ; opposez-y l'énergie de vos œuvres et de vos efforts, toute votre vie pure des erreurs, libre des entraînements mauvais, de telle sorte qu'après avoir vécu ici-bas, unis avec l'Esprit du Seigneur, vous soyez admis à ne faire qu'un avec Lui dans les siècles des siècles : Qui adhæret Deo unus spiritus est. »

Cardinal Edouard PIE, 18 mai 1880 à Angoulême

 

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Voici quelques mois, nous avons mis sur notre site les derniers mots de l’évêque, héraut du Christ-Roi : Mgr Pie.

Il nous plaît de publier à nouveau les paroles finales de ce sermon, l’ultime de ce lutteur en plein dix-neuvième siècle, combattant contre les libéraux pour l’honneur du divin Rédempteur de nos âmes, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Quel beau programme a-t-il alors tracé pour nous, catholiques en ces heures sombres que nous traversons !

Nous avons vu ces dernières semaines le combat public du démon contre l’Eglise.

Nous avons vu la lâcheté des évêques conciliaires, muselés par la collégialité voulue lors du concile Vatican II.

Ces évêques, au nom de cette pernicieuse erreur, ont été incapables d’agir pour secouer le joug de la laïcité. Lors des fêtes de Pâques, ils se sont tus, alors que ces fêtes sont le sommet de l’année liturgique. Ils n’ont osé braver l’État maçonnique, alors que les églises pouvaient demeurer ouvertes. Si elles ont été fermées, ce n'est pas du fait de l'Etat. Mais des hommes mitrés, ensoutanés ou non.

Qu’aurait fait en de telles circonstances le Cardinal de Poitiers ?
Il répondait :
« Opposez-y (à ces maux et désordres) l'énergie de vos œuvres et de vos efforts. »

Il est certain qu’il aurait à Poitiers et dans tout son diocèse ordonné des processions, des veillées de prière, des messes même en plein air, ainsi qu’il y en eut toujours dans les cas de véritables épidémies.

Voici un bel exemple qui se déroula lors de la peste de 1576. Le gouverneur de la ville, Antonio de Guzman y Zuñiga, avait introduit des restrictions strictes sur les pèlerinages, en prescrivant que « l'entrée dans la ville n'était autorisée qu'à de petits groupes d'une douzaine de personnes en possession d’une "bolletta", un document délivré par les autorités sanitaires du territoire d'origine, certifiant l'absence de symptômes attribuables à une maladie pestilentielle ».

Les Milanais en quarantaine ne pouvaient ni aller à l'église pour prier, ni assister à la messe. Saint Charles Borromée fit en sorte qu'à tous les carrefours de la ville, il y eût des croix et des autels où l'on pouvait célébrer des messes auxquelles on pouvait participer de loin, en regardant par les fenêtres.

La peste de 1576 fut bien autre que le Covid de 2019-2020 ! Tous alors tombaient comme des mouches.

 

Le coronavirus ? Quelle blague… amère pour le catholicisme… quelle pitié. Des églises verrouillées, des prêtres (pas tous, Dieu merci !) ne faisant plus la visite de leurs malades (et ceci pendant plusieurs semaines), se calfeutrant dans leurs prieurés. Nous avons un peu honte à l’écrire : les prêtres du Christ-Roi, de la Fraternité St-Pierre et d’autres encore, ont été bien plus hardis à continuer leur ministère que certains prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. Nous avons des témoignages nombreux, ayant largement sillonné la France durant ces deux mois passés.

Apprenons les paroles du Cardinal Pie par cœur, et vivons de ces novissima verba :

« Sanctifiez-vous dans le temps où Dieu vous a placés ;

gémissez des maux et des désordres que Dieu tolère ;

opposez-y l'énergie de vos œuvres et de vos efforts,

toute votre vie pure des erreurs, libre des entraînements mauvais,

de telle sorte qu'après avoir vécu ici-bas, unis avec l'Esprit du Seigneur,

vous soyez admis à ne faire qu'un avec Lui dans les siècles des siècles :

Qui adhæret Deo unus spiritus est. »

 

Abbé Dominique Rousseau

27 mai 2020