Trucage

Il n’est pas de notre propos d’être à l'affût, de ‘pister’ la Fraternité Saint-Pie X en relevant les erreurs, les demi-vérités qu’elle propage. Et pourtant, depuis des mois voire des années, elle dévie ; les plus lucides des prêtres qui en faisaient partie et qui l’ont quittée ou en ont été renvoyés, de même que les fidèles qui suivent à présent ces prêtres, le remarquent bien. On voit en effet davantage ‘en dehors’ qu’en dedans de la structure, avec le recul physique et temporel, les déviances de cette si belle Société sacerdotale, fondée par S.E. Mgr Lefebvre en 1970.

 

2020 est l’année des Cinquante ans de la Fraternité et, en cette occasion, des festivités se préparent : le déplacement du corps de Monseigneur sous l’église du Séminaire d’Ecône le 24 septembre, puis le pèlerinage de Lourdes pour le Christ-Roi, fin octobre.

 

Ce n’est pas tout. Sept dépliants vont voir le jour dans le district de France de la FSSPX. Déjà le premier est sorti, courant janvier de cette année. Son titre : « Une Fraternité au service du sacerdoce ».

De belles pensées sur le sacerdoce sont en effet livrées au lecteur des chapelles de la Fraternité dans cette première parution. Une profonde méditation sur le sacerdoce, en nos temps où les vocations se font rares, même au sein de la Fraternité. Il conviendrait sans doute de chercher la source et la cause de cette raréfaction, alors que les foyers chrétiens sont nombreux et que les écoles quadrillent l’hexagone. Il est à noter que pour cette rentrée 2019, il n’y a pas eu dix jeunes à rentrer au Séminaire de Flavigny. Dans six ans, combien restera-t-il de ces jeunes de la rentrée 2019 ?

 

Deux phrases extraites de la ‘Lettre du Supérieur du District de France’ retiennent ici notre attention. Les voici : « Quoi qu’on pense, quoi qu’on dise, cette société, bel et bien fondée avec l’approbation de l’Église, est et reste l’épine dorsale de la réaction intégrale surnaturelle à la décadence actuelle, aussi bien ecclésiastique que civile. Les âmes de bonne volonté y ont puisé et y trouvent tous les secours souhaitables pour vivre de cette foi intrépide, de cette espérance forte et de cette charité ferme puisées à la source, le saint sacrifice de la messe. »

 

Belles envolées certes, mais truquées. Détaillons brièvement.

 

En effet, la Fraternité Saint-Pie X n’est plus fidèle à l’intégralité de la foi, de l’espérance et de la charité transmises par son vénéré Fondateur. Pour parvenir à une reconnaissance canonique ‘par palier’, des aménagements se réalisent :

« Les parties, qui ont examiné certaines questions d'ordre doctrinal et canonique, ont convenu de procéder par palier mais dans un délai raisonnable vers le dépassement des difficultés. Et ce dans la perspective désirée d'une pleine réconciliation. » (Cité du Vatican, 23 septembre 2014 (VIS) à la suite de la rencontre du Conseil général de la FSSPX avec Mgr Luis Francisco Ladaria Ferrer, Mgr Joseph Augustine Di Noia, et Mgr Guido Pozzo.)

 

Nous dénonçons l’affirmation trompeuse de l’abbé de Jorna qui, sans le prouver, déclare que la Fraternité « est et reste l’épine dorsale de la réaction intégrale surnaturelle à la décadence actuelle, aussi bien ecclésiastique que civile. »

Les secours pour vivre des trois vertus théologales ne se trouvent plus intégralement dans la Fraternité Saint-Pie X. C’est bien regrettable, mais telle est la vérité.

 

« Quoi qu’on pense, quoi qu’on dise », la Fraternité ne demeure pas l’épine dorsale de la réaction intégrale ecclésiastique. Affirmer ceci est faux et trompe les âmes de bonne volonté.

 

La FSSPX est liée à la Rome libérale et moderniste par ce qu’on appelle « l’affaire des mariages » ; les consentements des époux passent par la juridiction des évêques modernistes, la Commission canonique St Charles Borromée, dont Mgr Tissier de Mallerais est le président, ne sert plus à rien, car elle n’a plus de pouvoir pour régler les cas réels, ces cas étant à présent présentés à Rome et traités par les Officialités, au détriment des époux faisant appel à la Fraternité comme à une bouée de sauvetage. Hélas, cette bouée est percée, par la complicité de ses Supérieurs (Mgr Fellay et ses Assistants). Et ce n’est pas, hélas encore, la nouvelle équipe mise en place à Menzingen depuis 2018 qui change le cap, malgré de beaux textes et de grandes conférences… le mal est là, non dénoncé mais entériné.

 

Le petit monde de la Tradition est berné et endormi par les Supérieurs. La conférence magistrale de l’abbé Pagliarani lors du quinzième Congrès du Courrier de Rome à Paris (18 janvier 2020 – Nouvelles de Chrétienté, p. 3-10) va dans le même sens en effet. Il déclare que la FSSPX est la « référence qui ne bouge pas ». Il fait de la Fraternité Saint-Pie X « la cause exemplaire de la Tradition dans son intégralité ». Paroles trompeuses. Le nouveau Supérieur général n’a jamais remis en question, n’a jamais dénoncé le principe établi le 23 septembre 2014 : « Les parties, qui ont examiné certaines questions d'ordre doctrinal et canonique, ont convenu de procéder par palier mais dans un délai raisonnable vers le dépassement des difficultés. Et ce dans la perspective désirée d'une pleine réconciliation. »

 

Nous sommes bien obligés de constater que cette référence a bougé avec le fil du temps. La Fraternité n’est plus celle qui fut du temps de son Fondateur. Le saint sacrifice de la messe est bien entendu notre Trésor ; s’il n’est plus protégé par une doctrine ferme et immuable, il sera détruit, miné par un extérieur fragilisé.

 

Il est temps que des prêtres, que des laïcs fermes et décidés réagissent ! Tout le reste est faux-semblant, illusion, trucage.

 

Prions pour que cette Société revienne aux principes clairs et catholiques, fermes, établis par Mgr Marcel Lefebvre. Alors la paix des âmes reviendra, le bon Combat de la Foi sera établi à nouveau, comme le firent ces vaillants soldats, tel l’abbé Louis Coache, mis justement à l’honneur dans ce premier feuillet.

 

 

Martin Dalbanne

18 février 2020