Sanctification des actions ordinaires

 

Mes bien chers Frères,

La vie de Jésus est résumée en peu de mots. C'est aujourd’hui, dans l’évangile selon saint Marc, (notez d’ailleurs que c’est rare que, saint Marc, nous l’ayons comme évangile, c’est seulement quelquefois dans l’année liturgique). On entend davantage saint Matthieu, saint Luc et saint Jean, mais saint Marc, c’est très rare. C’est l’évangile le plus court, c’est l’évangile de saint Pierre car saint Marc est le secrétaire de saint Pierre, son disciple. Eh bien, saint Marc résume en peu de mots, comme d’ailleurs, dans les Actes des Apôtres (saint Luc), lorsque saint Pierre prend la parole, on peut dire que saint Pierre est l’auteur de ce petit résumé de la vie de Jésus-Christ : « Bene omnia fecit » : Il a bien fait toutes choses. Voilà le résumé en trois mots de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

 

Puissions-nous, à la fin de notre vie, dire la même chose, en toute humilité, en toute vérité : « J’ai bien fait toutes choses ». Comme le dira d’ailleurs saint Paul en d’autres termes : « J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course ». « Je ne me juge pas moi-même, pour autant, Dieu seul est juge. » Mais, en face du Bon Dieu, en toute vérité, j’ai mené le bon combat : le combat des vertus chrétiennes, le combat de la foi, sans être muselé ! Notre-Seigneur Jésus-Christ, aujourd’hui, dans ce beau miracle du sourd-muet lui enlève et la surdité et le mutisme.

Les gens disent de Lui : « Oui, Il a bien fait toutes choses, Il a fait entendre les sourds et parler les muets ! »

Et de nos jours, c’est tout le contraire : nous sommes sourds à la parole du Bon Dieu et, pourtant elle est prêchée ! et combien même nous voudrions la prêcher, beaucoup sont muselés ! Voyez-vous, mes Frères, ce muselage imposé par les autorités civiles et ecclésiastiques !

A ce propos, une petite anecdote qui date de 12 ans : C’était en 2008, l’été avait été un peu difficile puisqu’avec les camps, les scouts, le MJCF, la Croisade Eucharistique, les jeunes avaient été contaminés par le H1N1, cette fameuse grippe ! Et puis, la rentrée s’est faite. Dans les écoles, j’étais à Saint Malo à l’époque, directeur d’école à Saint-Malo, 140 élèves : septembre – octobre, j’ai vu mes effectifs diminuer : une vraie grippe, pas un faux COVID, une vraie grippe ! Et alors, je me rappelle bien, l’école était à moitié vide (ou à moitié pleine, ça dépend du verre) ! En tout cas, pas grand monde à l’école… mais beaucoup de monde à la maison. C’était la grippe, les enfants étaient bien affectés par cela. Et alors, l’Abbé de Cacqueray qui était à l’époque supérieur de district, en France, à Suresnes, s’est fait convoquer par le ministère de la Santé. 2008, c’était le grand pèlerinage de la Fraternité, à Lourdes pour les 150 ans. Et alors, le ministre en personne lui dit : « Mon Père, mais, vous êtes malade ! Vous allez contaminer le monde entier ! Un pèlerinage international ! Non seulement la France, mais les États-Unis, l’Afrique, etc ! Ne faites pas ce pèlerinage ! » Et l’Abbé de Cacqueray, tout bonnement, avec esprit de foi, a répondu : « Monsieur le Ministre, (ou Madame, je ne sais plus), on va à Lourdes, c’est pour guérir ! » Et alors, suite à cette réponse candide, et pleine de foi : « Allez-y ! » fut-il répondu à l'abbé.

Cette année, Lourdes a été fermée, la grotte a été fermée, les piscines ont été vidées ; dans toutes les églises, les bénitiers ont été vidés. Dans des églises, on peut assister à la messe mais pas de communion parce que ça peut contaminer ! On va à Lourdes, on va dans nos églises pour guérir ! Dans nos églises, pas de masque, ni extérieur ni intérieur. On n’attrape pas le Covid, dans nos églises ! Au contraire, on y vient pour guérir. Que disons-nous lorsque nous allons communier ? « Domine non sum dignus ut intres sub tectum meum, sed tantum dic verbo et sanabitur anima mea. » Bien sûr, Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez chez moi, mais dites une parole et mon âme sera guérie . C’est quoi cette Parole ? C’est le Verbe de Dieu fait chair qui nous guérit, qui nous purifie de toutes nos fautes pour autant, bien sûr, que nous en ayons une profonde contrition. Si l’Eglise avait autant de force que le pouvoir civil qui impose les masques, si l’Église mettait autant de puissance et de pression pour que nos fidèles soient bien habillés dans nos églises, ce serait une merveille ! Les hommes d’Église ne disent plus rien ! L’Eglise est la maison de Dieu. Quand l’intérieur est purifié, l’extérieur manifeste – autant que possible – notre intérieur, par une tenue digne, décente, digne d’enfants du Bon Dieu. Si, depuis cinquante ans, l’Eglise avait mis autant de pression pour que nous soyons bien vêtus, dans nos églises… nous sommes les temples du Bon Dieu, on n’en serait pas là !

Bene omnia fecit ! Il a bien fait toutes choses. Et ainsi, le peuple, voyant ces miracles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, canonise en quelque sorte Notre-Seigneur Jésus-Christ. Saint Pierre, dans les Actes des Apôtres dit : « Il est passé en faisant le bien ». Tâchons de bien comprendre ce que cela veut dire, mes bien chers Frères : « Il est passé en faisant le bien, Il a bien fait toutes choses ». Les actions ordinaires doivent être faites avec droiture, avec vérité, avec la charité qui habite nos âmes, la charité de Notre-Seigneur Jésus-Christ – Il a bien fait toutes choses – .

Les choses extraordinaires sont plutôt rares. Quelles sont ces actions extraordinaires dans notre vie ? Naître, mourir, se marier, devenir prêtre ou religieux/religieuse. Ce sont des actions extraordinaires, comme le mot l’indique, qui ne sont pas ordinaires ; cela arrive une fois. Je nais une fois, je meurs une fois…

Les actions ordinaires, cela c’est tous les jours, tous les jours. Du matin au soir et du soir au matin, ce sont des actions ordinaires et ce sont les plus difficiles à accomplir parce qu’elles se répètent, parce qu’on en souffre, éprouvantes parfois, monotones en tout cas… La mère de famille qui fait, chaque matin, chaque midi, chaque soir, le repas : deux heures de préparation ; un quart d’heure pour engloutir tout cela ! Quel découragement, parfois ! Tant de temps à préparer ces choses nécessaires à la vie et si vite balayées ! Parfois, même pas un merci… souvent des reproches… « C’était trop cuit, ce n’était pas assez chaud, c’était brûlé, c’était ci, c’était ça… » Et la pauvre maman qui a mis tout son cœur à le faire… Oh ! le Bon Dieu verra et c’est l’essentiel, n’est-ce pas ?  Le mari qui rentre le soir à la maison et qui – fatigué du travail – dit à son épouse : « Tu n’as rien fait aujourd’hui ! » Il ne se rend pas compte, ce brave homme, que la maison est propre. Ah ! ça ne s’est pas fait tout seul ! Si la maison est propre, c’est que l’épouse a veillé à faire une maison accueillante : elle fit bien toute chose. Quant au mari qui travaille dur, parfois l’épouse lui dit : « Tu passes ton temps dehors ! » oui, et il rapporte à la maison l’argent nécessaire pour la vie de la famille : ce mari a bien fait toute chose. Voilà, c’est le tissu quotidien de notre vie, mes bien chers Frères. Et c’est là où le Bon Dieu nous attend ; ce n’est pas dans les actions extraordinaires où on met le tapis rouge, on fait attention à ce que ce soit bien fait mais, les actions ordinaires, c’est ordinaire justement. Eh bien, mettons dans nos actions ordinaires, quelque chose d’extraordinaire : l’amour du Bon Dieu !

A la fin de sa vie, ou plutôt, juste après sa vie, on se demandait ce qu’on pourrait bien dire d’elle. Il s’agit de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus. Elle a passé neuf ans au carmel, elle y est entrée à quinze ans pour une vie très courte. Et dans les carmels, il est coutume d’écrire quelque chose sur la vie des moniales qui sont décédées. Et les sœurs disent : « Elle n’a rien fait. » Apparemment, elle n’a rien fait. Il n’empêche que le pape Pie XI va lui décerner un beau titre : Patronne des missions… Elle n’a rien fait !... Si, elle est restée toute dans l’amour du Bon Dieu, et pour les prêtres.

 

Vous ai-je déjà raconté cette histoire vraie ? Ça se passe vers les années 70, il y a près de 50 ans, au Canada. Le Père Henri (depuis il est décédé) le Père Henri dans les grandes Missions d’Alaska, le Grand Nord… et il a froid… il se recueille, il tombe sur la glace, il va mourir… il ramasse ses esprits, fait son acte de contrition et puis, il se prépare à mourir… Tout-à-coup, il se relève en disant (il le dira à un prêtre qui me l’a raconté) : « Elle a marché pour moi ! » Elle, c’est sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. « Elle a marché pour moi ». Elle le dit dans ses mémoires, l’Histoire d’une âme : elle marche pour les prêtres, elle œuvre pour les prêtres. Il s’est rappelé cela. Alors qu’il allait mourir d’inanition, de froid, de fatigue… « Elle a marché pour moi ». Il s’est relevé et il a marché vers sa mission. Et il n’est pas mort. Il est mort plus tard, de vieillesse … « Elle a marché pour moi ». Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus est morte en 1897 et ce prêtre, c’est 70 ans plus tard que ce fait s'est passé. On appelle cela, mes bien chers Frères, la communion des saints. Ce que je fais maintenant, peut-être je n’en ai pas le résultat tout de suite ; je ne le verrai peut-être jamais ici-bas mais, dans l’au-delà ! « Il a bien fait toutes choses ». Elle a bien fait toute chose : ça, c’est sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Rien n’a échappé à Notre-Seigneur Jésus-Christ dans toute sa vie. Le confesseur de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus dira, après sa mort : « Elle n’a pas fait un seul péché mortel ». Cela veut dire qu’elle a dit toujours « oui » à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Jamais un « non » délibéré, un « non » grave. Peut-être des petits « non », des péchés véniels, des imperfections mais jamais un « non » franc, massif : « Je refuse Dieu », non, jamais. Toujours « oui » à Dieu. Quel exemple ! quels exemples, car elle n’est pas la seule. Elle est canonisée, patronne des missions ; c’est extraordinaire ! Et pourtant, ici-bas, personne n’a jamais rien vu… personne. Tout ce qu’elle faisait, c’était ignorée du monde, ignorée de ces religieuses qui n’étaient pas dans le monde mais qui observaient les paroles, les actions, les gestes de Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus. Elle a bien fait toute chose.

 

Faisons de même, mes bien chers Frères, demandons la grâce au Bon Dieu d’agir toujours face au Bon Dieu en toute vérité, en toute charité, en toute humilité. Et alors, le Bon Dieu saura nous canoniser à l’heure de notre mort. C’est l’Evangile encore, dans une parabole : « Parce que tu as été fidèle en peu de chose, Je t’établirai sur beaucoup de choses. Viens, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Maître ! »   Ainsi soit-il.

 

Abbé Dominique Rousseau

16 août 2020, 11ème dimanche après la Pentecôte

Chapelle de Chantemerle (Deux-Sèvres)

Le style parlé a été conservé