Prière d’exposition

 

                                  « Ils n’ont plus de vin. »

« Seigneur, celui que vous aimez est malade. »

 

 

La lecture de l’évangile est nourrissante puisque nous découvrons la Vie de Jésus ; les évangélistes ont été les fidèles messagers de la Parole divine et à travers les divers passages relatés par eux, nous apprenons à connaître Jésus bien sûr, mais aussi ceux qui L’ont connu, aimé, afin qu’à notre tour, nous puissions Le connaître et L’aimer.

 

Lors de son premier miracle à Cana (deuxième dimanche après l’Épiphanie), l’Immaculée, fine observatrice et délicate aussi bien qu’attentionnée, remarque que le vin vient à manquer. « Ils n’ont plus de vin » (Jn 2, 3) dit-elle paisiblement au divin Maître, son Fils Jésus.

 

Lors de la maladie de Lazare (vendredi de la quatrième semaine de Carême), ses sœurs Marthe et Marie envoient dire à Jésus : « Seigneur, celui que vous aimez est malade. » (Jn 11, 3)

 

Remarquons l’insinuation délicate des propos de Marie et des deux sœurs. Elles ne demandent rien directement, elles exposent le fait : le manque de vin, la maladie grave (car Lazare mourra de fait bientôt).

 

Que fait Jésus, comment réagit-il ?

 

« Qu’y a-t-il entre vous et moi, femme ? » dit-il à Notre-Dame (Jn 2, 4)

« Cette maladie n’est pas pour la mort », dit-il aux envoyés des sœurs, puis « retournons en Judée », affirme-t-il aux disciples. (Jn 11, 4 et 7)

 

Réponses étonnantes, déconcertantes pour nos esprits myopes.

 

Et pourtant les femmes ont gain de cause ! Jésus accomplit à Cana un miracle magnanime ; à Béthanie Jésus ne guérira pas Lazare ; non et bien davantage : il va le ressusciter, de mort qu’il était, sentant déjà la mort avec ses conséquences nauséabondes.

 

Jésus est Tout-Puissant.

 

Imitons la Mère de Dieu, imitons les Saintes Femmes. Elles ont simplement exposé des faits, la pénurie de vin, la mort imminente. Notre-Dame dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’Il vous dira. » (Jn 2, 5)

 

En nos temps ténébreux, nous n’avons ni la réponse immédiate à la crise de la Foi dans l’Église, ni la réponse aux fléaux de nos sociétés perverties, apostates.

 

Que nous reste-il à faire ? Gémir et pleurer ? Bien au contraire : il faut prier, faire pénitence, exposer au Christ-Roi nos demandes, avec humilité, confiance, persévérance. Voilà notre Espérance. Il sait tout, Il peut tout, et Il agira comme bon lui semblera, lorsque tout sera humainement impossible.

Exposons simplement tous nos besoins au Maître, cela est suffisant.

 

La prière d’exposition correspond exactement à l’esprit de la vertu d’Espérance. Voici un beau texte du Père Garrigou-Lagrange, qui est à même de pacifier nos âmes parfois découragées et abattues :

 

 

« Par la fidélité au devoir de minute en minute on évite la fausse et paresseuse quiétude des quiétistes, et par l’abandon confiant on échappe à l’inquiétude vaine et à l’agitation stérile. Cet abandon serait paresse s’il ne supposait pas la fidélité quotidienne, qui est comme le tremplin pour s’élancer sûrement dans l’inconnu. Cette fidélité quotidienne à la volonté divine signifiée donne comme droit de s’abandonner pleinement pour l’avenir à la volonté divine de bon plaisir non encore manifestée.

L’âme fidèle se rappelle souvent la parole de Notre-Seigneur : « Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père » ; elle-même se nourrit constamment de la volonté divine signifiée, et elle s’abandonne à la volonté divine non encore manifestée, un peu comme le nageur, s’appuyant sur le flot qui passe, se confie au flot qui arrive, à l’océan qui pourrait l’engloutir, mais qui en réalité le porte. Ainsi l’âme doit avancer vers la haute mer, vers l’océan infini de l’être, comme disait saint Jean Damascène ; elle doit s’appuyer sur la volonté divine manifestée à l’heure présente, pour s’abandonner à la volonté divine dont dépendent les heures qui suivent et tout l’avenir. L’avenir est à Dieu ; les événements sont dans sa main : si les marchands qui achetèrent Joseph vendu par ses frères étaient passés une heure plus tôt, Joseph n’eût pas été en Égypte et toute sa vie eût été changée ; la nôtre dépend aussi de certains événements dont Dieu est le maître. Fidélité quotidienne et abandon confiant donnent ainsi à la vie spirituelle son équilibre, sa stabilité, son harmonie. On vit ainsi dans un recueillement presque continuel et une abnégation progressive ; ce sont là les conditions ordinaires de la contemplation et de l’union à Dieu. Voilà pourquoi nous devons vivre dans l’abandon à la volonté divine encore inconnue, en nous nourrissant de minute en minute de celle qui est déjà signifiée. »

Notes :

  • Volonté de Dieu signifiée : préceptes, conseils ;

  • Volonté de bon plaisir : événements.

 

Dom Vital Lehodey : « Le bon plaisir de Dieu est le domaine de l’abandon, et sa volonté signifiée est le domaine de l’obéissance. » (Le saint Abandon – p. 145)

Père Garrigou-Lagrange : La Providence et la confiance en Dieu (p. 235 – 236)

 

Qui croyait encore à la Résurrection du divin Supplicié ? Notre-Dame dans la Foi qu’elle avait en Lui, et les pharisiens qui la redoutaient, d’où une garde musclée à son tombeau.

 

C’est quand tous les moyens humains, tous les calculs seront caducs qu’alors Il interviendra. Personne ne pourra s’attribuer par ses mérites, par son savoir-faire personnel, la conquête du bien sur le mal.

 

 

Quel triomphe ! Ce sera SA VICTOIRE !

 

 

Abbé Dominique Rousseau

27 mars 2020