"Car tout ce qui est né de Dieu est vainqueur du monde ;

et ce qui remporte la  victoire sur le monde, c'est notre foi." (I Jn 5, 4)

O felix culpa !

 

Tout au long de la sainte Quarantaine - particulière cette année en raison du confinement causé par l’épidémie et les mesures à l’échelle mondiale qui ont été prises -, la liturgie nous conduit vers le Golgotha, « passage obligé » pour notre rachat du péché.

 

La quarantaine, où nombre de fidèles parmi vous n’auront eu que leur missel et leur chapelet pour se recueillir, aura-t-elle été profitable pour vous confiner en l’unique nécessaire, Notre Sauveur ?

 

A la lecture des évangiles, l’on perçoit très vivement le désir du Christ, la soif qui l’anime de nous racheter. Jérusalem sera le lieu de son sacrifice. « A partir de ce moment, Jésus commença à déclarer à ses disciples qu’il lui fallait se rendre à Jérusalem pour y beaucoup souffrir de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être mis à mort et ressusciter le troisième jour. » (Mat 16, 21). Après sa Passion, après même sa Résurrection, Notre-Seigneur devra revenir sur cette annonce prononcée deux ans avant les évènements du Vendredi Saint, dans l’explication admirable confiée aux disciples d’Emmaüs, déroutés, découragés par le scandale de la Croix : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ainsi pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26) Nous reviendrons, en début de semaine de Pâques, sur cette sublime apparition du Christ aux disciples.

 

Ces quelques citations évangéliques font tout naturellement penser à l’Exsultet de la Nuit pascale : « O felix culpa, quae tale ac tantum meruit habere Redemptorem ! O bienheureuse faute qui nous a valu un tel et si grand Rédempteur ! » Citons Dom Gajard, le grand grégorianiste de Solesmes du XXème siècle : « Devant la splendeur de l’œuvre de la Rédemption et l’immensité de l’amour dont elle témoigne, le compositeur, toujours docile à son inspiration, interrompt tout d’un coup, quitte à le reprendre bientôt, son récit, pour s’abandonner aux sentiments d’admiration éperdue, de reconnaissance et d’amour extatique qui l’envahissent. On sent qu’il n’arrive pas à traduire sa pensée ; chaque phrase renchérit sur la précédente, jusqu’à ce paradoxal O felix culpa !... »

Monseigneur Gay (De la vie et des vertus chrétiennes, tome I, page 27), donne un commentaire identique. Malgré le péché de l’homme – la révolte originelle -, Dieu ne s’est point laissé abattre, à tel point que sa charité va se manifester dans sa miséricorde par et dans le don du Verbe fait chair. « C’est pourquoi l’Eglise, éperdue de reconnaissance, s’écrie que cette faute d’Adam, encore bien qu’en elle-même demeure un désordre, est une « faute heureuse », et que ce péché commis très librement peut néanmoins, à cause des suites que Dieu y donne et des remèdes qu’il y oppose, passer pour nécessaire. La liturgie le déclare expressément : « O nécessaire péché d’Adam, que le Christ en mourant a détruit. O certe necessarium Adæ peccatum quod Christi morte deletum est ! »

 

Il faut un peu expliquer cela.

 

La Rédemption est un des trois principaux mystères de la Religion, avec celui de la Sainte Trinité et celui de l’Incarnation. Sans doute le Christ aurait pu nous sauver autrement. Mais il a voulu nous prouver à quel point il nous aimait. La Rédemption, dans la liturgie, nous est manifestée en corrélation avec la faute originelle. J’en veux pour preuve ce que déclare saint Irénée (IIème siècle) : « Si Adam n’avait pas péché, le Verbe de Dieu ne se serait pas incarné. » Or le mystère de Noël est orienté vers Gethsémani, le Golgotha et Pâques où le Christ sort vainqueur et glorieux du tombeau.

 

S’il faut encore étayer des preuves pour le « felix culpa », allons à l’offertoire de la Messe. Comme tout est admirable ! Lisons plutôt : « O Dieu, qui avez merveilleusement créé la dignité de la nature humaine et qui l’avez réformée plus merveilleusement encore, accordez-nous, par le mystère de cette eau et de ce vin, nous devenions participants de la divinité de Celui qui a daigné revêtir notre humanité. »

 

Dans son ouvrage La Messe expliquée aux fidèles, l’abbé Daniel Joly commente ainsi ces paroles :

« Dieu a créé la nature humaine en état de justice et de sainteté, et la dignité dont il est question ici ne saurait être autre que la dignité surnaturelle. La réparation de notre nature déchue est une merveille encore plus grande que la création et l’élévation première à l’ordre surnaturel, parce qu’elle montre en Dieu un excès d’amour et qu’elle a coûté le prix du sang d’un Dieu, l’amour, la sagesse et la puissance de Dieu se manifestant avec une splendeur encore plus grande » : « Il nous aurait été inutile de naître si nous n’avions été rachetés », chante l’Église dans l’Exsultet, quelques instants après nous avoir dit : « O bienheureuse faute qui nous a valu un tel et si grand Rédempteur ! ».

 

Prions que pour que notre pauvre monde, notre France en particulier, mais apostate, revienne à son Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

 

Abbé Dominique Rousseau

Samedi saint 2020