Miscens gaudia fletibus

 

 

« Saint Joseph reste en paix, maître de son âme et en possession de son silence, parmi les ébranlements du voyage en Égypte, dans cette fuite de Jésus-Christ déjà persécuté. Parmi les pensées, les sentiments, les étrangetés, les incidents, les difficultés de ce voyage, celui qui représentait Dieu le Père prend la fuite, comme s'il était à la fois faible et coupable ; il fuit en Égypte, au pays de l'angoisse ; il revient dans ce lieu terrible, d’où ses ancêtres sont sortis, sous la protection de l'Éternel. » (Ernest Hello, Physionomies de saints)

 

 

C’est dans la liturgie de la fête de saint Joseph, lors des vêpres du 19 mars qu’on médite ces mots : « Mêlant les joies aux larmes ».

 

La vie de saint Joseph n’a pas été un fleuve tranquille.

 

Que d’épreuves depuis le retour de la Vierge Immaculée, son épouse, à Nazareth, après qu’elle soit allée rendre service à sa cousine Élisabeth. Elle est enceinte, il ne comprend pas, quel mystère… Il aurait pu poser une question, Notre-Dame lui aurait répondu en lui dévoilant (= lever le voile) sur le mystère de l’Incarnation. Le voilà qui s’apprête à partir et… l’ange le rassure, lui disant que ce qui est Marie est l’œuvre du Saint-Esprit.

Joseph obéit et demeure à Nazareth, dans la paix retrouvée après tant de soucis dans son âme : Notre-Dame a-t-elle péché, est-elle adultère ? Mais elle paraît si sainte, comment cela est-il possible ? L’ange le rassure : Marie est très sainte, elle est l’Immaculée !

 

La naissance de Jésus n’est pas moins riche en inquiétudes. « Il n’y avait pas de place pour eux » (Lc 2, 7). Il y a certes de la place pour loger les pèlerins, mais pas pour la Sainte Famille. « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. » (Jn 1, 11)

 

Il faut ensuite partir, de nuit, pour fuir la colère du roi Hérode voulant tuer Jésus. Ce sera le massacre des Saints Innocents et Joseph est averti, par un songe, de quitter au plus vite son logis pour aller dans un pays inconnu, l’Égypte, pour une durée indéterminée.

 

Lors de la Présentation de l’Enfant-Jésus au Temple, tandis que l’Enfant-Dieu a 40 jours, Joseph entend le vieillard Siméon prédire à Marie qu’un glaive transpercera son âme (Lc 2, 35) et que Jésus sera un signe de contradiction (Lc 2, 34). Son âme a été elle-même bouleversée par ces paroles… Il médite en silence ces mots, qui se réaliseront. S’il ne comprend pas tout car tout ceci est bien mystérieux, il adore les desseins de la Providence.

 

Lorsque la Sainte Famille se rend à Jérusalem tandis que Jésus a douze ans, l’Enfant ne revient pas à Nazareth avec ses parents et à ceux-ci, qui rebroussent chemin et le retrouvent au bout de trois jours dans le Temple, Jésus dit : « Ne saviez-vous pas que je me dois aux affaires de mon Père ? » (Lc 2, 49) Ils ne comprennent pas… Dieu éduque Marie et Joseph, très saints, mais humains. Dieu est Dieu ! Le glaive de douleurs pénètre l’âme de Marie et à n’en pas douter, Joseph a souffert lui aussi de cette incompréhension des Mystères divins.

 

Que de leçons à tirer de la vie de la Sainte Famille… Saint Joseph a eu des joies sans aucun doute et à ces allégresses, les peines ne lui ont pas été épargnées. Telle est la vie de l’homme ici-bas : le paradis, c’est pour l’au-delà !

 

Un jour que sainte Thérèse d’Avila était en route sur des chaussées cahoteuses et détrempées par la pluie, voici que la carriole chavire et la sainte avec ! Intérieurement elle émet une plainte au Seigneur Jésus qui lui dit : « C’est ainsi que je traite mes amis. » Et elle de rétorquer, de son sang espagnol un peu vif : « C’est pour cela, Seigneur, que vous en avez si peu ! » Éprise de l’amour pour saint Joseph, n’était-il pas convenable qu’elle connaisse et éprouve quelques-unes des tribulations de son saint de prédilection ?

 

Le Ciel n’est pas ici-bas, nous aurons avec saint Joseph des joies et des larmes.

 

 

Abbé Dominique Rousseau

10 mars 2022