Malheur aux femmes enceintes


Lors d’un voyage d’apostolat auprès de fidèles durant cette période de fausse pandémie, m’a été posée une question par une mère de famille nombreuse, soucieuse en lisant les évangiles, la Passion étant encore proche.

Cette mère de famille avait en mémoire les paroles du divin Maître aux femmes qui se lamentaient sur son sort, portant la Croix : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur Moi ; mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ; car voici qu'il viendra des jours où l'on dira : Heureuses les stériles, et les entrailles qui n'ont pas d'enfants, et les mamelles qui n'ont point allaité. »

De retour en Auvergne, me voici à faire des recherches et le résultat est fructueux. Comme toujours l’Aquinate donne réponse à nos questions. Faut-il prendre à la lettre les paroles de l’Évangile, ou ces paroles ont-elles un sens spirituel ? Saint Thomas répond, à la suite des Pères de l’Église.


Nos sources sont extraites des commentaires de saint Thomas sur saint Matthieu et la Chaîne d’Or.

Les deux commentaires qui suivent manifestent qu’il faut être revêtu de la Charité et donc porter un fruit parvenu à maturité. La femme enceinte porte son fruit, mais celui n’est pas encore mûr. « La foi sans les œuvres est morte. »

(Jac. 2, 20)

Nous achèverons cette étude par le passage du figuier maudit par Notre-Seigneur (Mt 21, 18-22).

Abbé Dominique Rousseau
25 mai 2020


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Mt 24, 19-20.
« Malheur aux femmes qui seront enceintes ou qui allaiteront en ces jours-là !
Priez pour que votre fuite n'ait pas lieu en hiver, ou un jour de sabbat. »

 

 

Saint Thomas d’Aquin - Commentaire

Notre-Seigneur expose les empêchements inévitables. Parce que certains étaient inévitables par la puissance de l’homme et tout simplement, et certains [étaient] inévitables [par la puissance de l’homme], mais cependant évitables par la puissance de Dieu, [il parle] donc d’abord des premiers, puis des seconds, en cet endroit : PRIEZ, etc. [24, 20].
Ce qui ne peut d’aucune façon être évité, lorsque cela existe, c’est la charge d’enfants. En effet, bien qu’on puisse dire à quelqu’un : « Sauve ta vie ! », celui-ci pourrait dire : « Comment pourrais-je abandonner mon fils ? » [Le Seigneur] explique donc : MALHEUR À CELLES QUI SERONT ENCEINTES ET QUI ALLAITERONT, parce que celles-ci ne pourront pas fuir, puisqu’on ne pouvait leur dire qu’elles pouvaient avorter et, à celles qui allaitaient, qu’elles tuent leur enfant. Ainsi s’accomplit ce qui est dit en Lc 23, 29 :
Bienheureuses les mamelles qui n’auront pas allaité ! 


Il existe aussi d’autres empêchements auxquels l’homme ne peut porter remède que par Dieu. En effet, il existe une saison inappropriée, soit à cause de la nature, soit en raison de la loi : à cause de la nature, comme durant l’hiver, car l’homme est alors empêché de fuir à cause de l’âpreté du temps ; et aussi en raison de la loi, comme lorsque cela arrive le jour du sabbat, car Dieu avait ordonné qu’ils ne parcourent pas plus d’un mille. 

Et parce que cela ne relève pas de notre pouvoir mais de celui de Dieu, PRIEZ DONC POUR QUE VOTRE FUITE NE TOMBE PAS EN HIVER, NI UN SABBAT, car, en de telles circonstances, il ne reste qu’à recourir à Dieu. Ainsi, Os 6, 1 : Venez et retournons vers le Seigneur, car lui nous a frappés et [lui] nous sauvera. PRIEZ POUR QUE VOTRE FUITE NE TOMBE PAS EN HIVER, car celui-ci empêche la fuite à cause des risques de la route. NI UN SABBAT, parce que celui-ci l’empêche en raison d’une loi de Dieu. Remarquez aussi qu’il dit SABBAT, car par là il indique qu’ils furent à juste titre tués un jour de fête.

D’où vient la nécessité de fuir ? De la grandeur de la tribulation. [Le Seigneur] présente donc d’abord la tribulation et la grandeur de la tribulation ; en second lieu, il en présente la cause, en cet endroit : ET SI CES JOURS N’AVAIENT PAS ÉTÉ ABRÉGÉS, etc. [24, 22].

Il dit donc : IL Y AURA ALORS UNE GRANDE TRIBULATION, TELLE QU’IL N’Y EN A PAS EU DEPUIS LE COMMENCEMENT DU MONDE. Celui qui lit l’histoire de Josèphe peut suffisamment en juger. Beaucoup sont morts de faim. Il y eut aussi des soulèvements dans la ville, au point qu’on se tuait les uns les autres. Ainsi, alors que Titus, qui était très doux, voulait les épargner, eux ne le voulaient pas. Il y avait aussi des voleurs parmi eux, qui en tuèrent un grand nombre. Une femme a mangé son fils. Il y eut donc une tribulation telle qu’on n’en avait jamais vue. C’est ce que dit Lc 21, 23s : Il y aura une tribulation et ils tomberont devant l’épée. Mais [la tribulation] ne sera-t-elle pas plus grande à l’époque de l’Antéchrist ? Oui, mais elle n’aura pas lieu entre les Juifs.

Chrysostome demande en raison de quel péché elle est arrivée, car le châtiment de Sodome ne fut pas si grand, de sorte qu’il n’y aurait pas de châtiment plus grave si le péché n’était pas plus grave. Et parce qu’on pourrait dire que cela était arrivé à cause des péchés des chrétiens, [le Seigneur] dit donc que ce n’est pas le cas. De sorte que SI CES JOURS N’AVAIENT PAS ÉTÉ ABRÉGÉS, NUL N’AURAIT EU LA VIE SAUVE. Augustin dit que certains ont ainsi interprété que les jours sont alors devenus plus courts, comme [le jour] s’était allongé à l’époque de Josué. Mais, en sens contraire, le Ps 118[119], 91 dit : Les jours durent comme tu en as disposé.

On peut donc dire cela de deux façons. Premièrement, que les jours ont été abrégés en nombre. Si ce temps avait duré, tous auraient donc été tués, car personne n’aurait survécu. Pourquoi ? Parce que les Romains dominaient la terre entière et que les Juifs ont été dispersés dans le monde entier. Si donc ce temps avait duré, ils auraient été tués par toute la terre. Ou bien, on dit que les jours ont été abrégés lorsque les maux ont été abrégés. Et pourquoi sont-ils abrégés ? À CAUSE DES ÉLUS, afin que ne manque pas la parole de Dieu. En effet, un grand nombre a été converti parmi ce peuple, et [ceux-ci] demandaient qu’il reste une semence pour ce peuple. Is 1, 9 : Si le Seigneur ne nous avait laissé une semence, nous serions comme Sodome, etc. 

Chrysostome présente alors deux remarques sur la raison pour laquelle cela a été dit, car il y avait là des disciples, et la vie de [l’apôtre] Jean s’est aussi étendue au-delà. Il dit donc que Jean n’a pas mentionné cela dans son évangile parce qu’il a vécu après les faits ; il aurait [ainsi] parlé de choses passés. Mais Matthieu et Luc, qui ont écrit avant [l’événement], l’ont mentionné parce qu’il était alors à venir. Il dit donc que ce fut un miracle évident, lorsque les Romains assaillirent les Juifs et que presque toute la nation des Juifs subit l’extinction, que si peu de Juifs purent aller par toute la terre pour convertir pour ainsi dire le monde entier, et cela fut le fait de l’admirable puissance du Christ.

Hilaire explique que ces paroles se rapportent à la fin du monde. LORSQUE VOUS VERREZ cette ABOMINATION désigne l’Antéchrist. 1 Th 2, 2 : Ne soyez effrayés ni par un esprit, ni par un discours annonçant que le jour du Seigneur est imminent, afin que personne ne vous séduise d’aucune façon. QUE CEUX QUI SONT EN JUDÉE FUIENT DANS LES MONTAGNES, car les Juifs feront défection. Ils fuiront donc le pays des Juifs et se dirigeront vers les montagnes du christianisme. ET QUE CELUI QUI SERA SUR LE TOIT NE DESCENDE PAS PRENDRE QUELQUE CHOSE DANS SA MAISON. Il veut dire que les parfaits ne doivent pas être détournés de leur perfection. [Le Seigneur] touche donc à la vie contemplative, qui est désignée par le toit. Ceux-ci ne doivent donc pas s’écarter de leur contemplation. De même, QUE CEUX QUI SONT AUX CHAMPS : il touche à la vie active. Que ceux-là ne reviennent pas à leur vie antérieure, mais persévèrent dans leur propos. Et que veut-il dire par LES FEMMES QUI ALLAITENT ? Les hommes chargés de péchés. Les hommes qui allaitent sont les hommes imparfaits. Il veut donc dire : « Malheur aux hommes chargés de péchés et non affermis ! » Selon Augustin, les femmes enceintes sont ceux qui envisagent de mal agir ; ceux qui allaitent [sont ceux] qui accomplissent en acte. Et que veut-il dire par EN HIVER ET LE JOUR DU SABBAT ? L’hiver indique la tristesse, et le sabbat, la joie. Que cela ne se produise donc pas en hiver en raison d’une tristesse absorbante, ou le jour du sabbat en raison d’une joie qui soulève l’esprit. Ou bien, par le sabbat, [il indique] le loisir d’une bonne action, et par l’hiver, le refroidissement de la charité.

ET SI CES JOURS N’AVAIENT PAS ÉTÉ ABRÉGÉS, car cela durera peu ; en effet, si cela durait, NUL N’AURAIT EU LA VIE SAUVE, c’est-à-dire tout [homme] charnel.

On peut mettre aussi cela en rapport avec l’avènement du Christ par l’Église. Origène dit ainsi que, de même que la parole de l’évangile a été diffusée par son avènement, de même la fausse doctrine sera-t-elle diffusée par l’avènement de l’Antéchrist. Et de même que le Christ a eu ses prophètes, de même [en sera-t-il] pour l’Antéchrist. Alors, QUE CEUX QUI SONT DANS LES VILLES FUIENT DANS LES MONTAGNES, [à savoir], [celles] de la justice parfaite. On appelle FEMMES ENCEINTES ceux qui parcourent encore la parole du salut ; CELLES QUI ALLAITENT, ceux qui ont déjà fait quelque chose.

PRIEZ DONC afin qu’ils n’en soient pas empêchés par l’indolence et l’apathie. IL Y AURA ALORS UNE GRANDE TRIBULATION, car l’enseignement chrétien sera perverti par un faux enseignement. ET SI CES JOURS N’AVAIENT PAS ÉTÉ ABRÉGÉS, à savoir, par l’enseignement de la doctrine, par l’accroissement de la vraie doctrine, NUL N’AURAIT EU LA VIE SAUVE, c’est-à-dire que tous se seraient convertis à la fausse doctrine.

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Lc 23, 27-31.
« Or Il était suivi d'une grande foule de peuple,
et de femmes qui se frappaient la poitrine et qui se lamentaient sur Lui.
Mais Jésus, se retournant vers elles, dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur Moi ; mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ; car voici qu'il viendra des jours où l'on dira : Heureuses les stériles, et les entrailles qui n'ont pas d'enfants,
et les mamelles qui n'ont point allaité.
Alors ils se mettront à dire aux montagnes :
Tombez sur nous ; et aux collines : Couvrez-nous.
Car s'ils traitent ainsi le bois vert, que fera-t-on au bois sec ? »

Saint Thomas d’Aquin : La Chaîne d’Or, commentaire sur st Luc 23, 28-31

Cependant, une multitude de peuple et de femmes suivait le Christ ; car il est ajouté : « Une grande multitude de peuple le suivait. »BÈDE. — Il y avait une grande foule qui suivait la croix du Seigneur, mais tous n'avaient pas les mêmes sentiments ; eu effet, le peuple qui avait demandé sa mort voulait jouir du spectacle de sa mort, tandis que les femmes venaient pour pleurer sur lui. Si les femmes sont seules à le suivre en pleurant, ce n'est point que dans cette foule innombrable d'hommes il ne s'en trouvât qui fussent affligés de sa passion, mais parce que les femmes, dont le sexe ne fait point ombrage, étaient plus libres de manifester ce qu'elles éprouvaient. D'ailleurs, les femmes sont plus portées aux larmes, et leur âme est plus accessible à la compassion. 


THÉOPH. — Ceci signifiait encore qu'une grande multitude de Juifs suivrait la croix et croirait à Jésus. C'est ainsi que l'âme pécheresse, figurée par la femme, lorsqu'elle se livre à la contrition du cœur et pleure de repentir, suit Jésus affligé pour notre salut. Ces femmes pleuraient de compassion ; or, il ne faut point pleurer sur celui qui souffre volontairement, mais plutôt lui applaudir ; c'est pourquoi il leur défend de pleurer ; car il suit : « Jésus, se tournant vers elles, dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez point sur moi. » — BÈDE. — Car sa prompte résurrection peut briser les liens de la mort ; sa mort a vaincu toute mort et l'auteur même de la mort. Il faut remarquer qu'il leur dit : Filles de Jérusalem, parce qu'il n'y avait pas seulement celles qui étaient venues avec lui de Galilée, mais encore celles de la ville de Jérusalem qui s'étaient attachées à lui. 


THÉOPH. — II leur dit de ne point pleurer sur lui, mais de porter leurs regards sur les maux qui vont venir et de pleurer sur elles-mêmes ; car il suit : « Pleurez sur vous-mêmes, etc. » — S. CYR. — Il veut dire que les femmes seront privées de leurs enfants ; car la guerre fondra sur le pays des Juifs et tous périront, grands et petits. D'où il suit : « Car voilà que viendront des jours où il sera dit : Heureuses les stériles, etc. » — THÉOPH. — Alors que des femmes dénaturées feront cuire leurs enfants et que leur sein recevra de nouveau le fruit malheureux qui en était sorti. — BÈDE. — Il veut parler du temps où les Romains assiégeront la ville et les emmèneront en captivité, dont il avait dit précédemment : « Malheur aux femmes qui seront grosses ou nourrices dans ces jours ! » Lorsque l'ennemi menace de la captivité, il est naturel de se réfugier sur les montagnes ou dans des lieux inaccessibles pour se cacher ; d'où il suit : « Alors ils commenceront à dire aux montagnes : Tombez sur nous ; et aux collines : Couvrez-nous. » En effet, Josèphe raconte que les Juifs, poursuivis par les Romains, s'enfuirent précipitamment dans les cavernes des montagnes et les antres des collines. Ou encore : quand il est dit que les femmes stériles seront heureuses, on peut l'entendre de ceux de l'un et de l'autre sexe qui ont vécu dans la chasteté pour le royaume des cieux. Ceux-là disent aux montagnes et aux collines : « Tombez sur nous et couvrez-nous, » qui, au moment de la tentation, se souviennent de leur fragilité et cherchent à se préserver par les exemples, les leçons et les prières des hommes les plus vertueux.

« Si l'on traite ainsi le bois vert, que sera-ce du bois sec ? » 


— S. GRÉG. — Il se compare lui-même au bois vert et nous au bois sec, parce qu'il avait en lui la puissance divine, et nous, qui sommes de simples hommes, il nous appelle du bois sec.

 

THÉOPH. — Comme s'il disait aux Juifs : Si donc les Romains m'ont fait de telles violences à moi, l'arbre fécond et toujours vert, que n'entreprendront-ils pas contre vous ? Je veux dire contre ce peuple qui est comme un bois sec privé de toute vertu vivifiante, et incapable de produire aucun fruit. 


BÈDE. — Ou encore : c'est comme s'il disait à tous : Si moi-même, qui n'ai point commis de péché, qui suis appelé l'arbre de vie, ne sors pas de ce monde sans passer par le feu de la passion, quels, pensez-vous, que seront les tourments réservés à ceux qui sont stériles de tout fruit ?

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Le figuier sec et maudit


Mt 21, 18-22
« Le matin, en revenant à la ville, il eut faim.

Et voyant un figuier près du chemin, Il s'en approcha ; mais il n'y trouva que des feuilles.

Et il lui dit : Qu'à jamais il ne naisse de toi aucun fruit. Et aussitôt le figuier se dessécha.

Voyant cela, les disciples s'étonnèrent, et dirent : Comment s'est-il desséché en un instant ?

Jésus leur répondit : En vérité, je vous le dis, si vous avez la foi

et que vous n'hésitiez point, non seulement vous feriez ce que j'ai fait à ce figuier,

mais quand même vous diriez à cette montagne :

Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, cela se ferait.

Et quoi que ce soit que vous demandiez avec foi dans la prière, vous le recevrez. »

 

 

Saint Thomas d’Aquin - Commentaire

COMME IL RENTRAIT EN VILLE DE BON MATIN, IL EUT FAIM. Ici est présentée une réfutation par un geste qui a valeur de figure. Premièrement, le geste est présenté ; deuxièmement, l’admiration des disciples.
À propos du premier point, l’occasion de faire un miracle est présentée ; deuxièmement, la stérilité de l’arbre ; troisièmement, la malédiction ; quatrièmement, l’effet.


[Matthieu] dit donc : COMME IL RENTRAIT EN VILLE DE BON MATIN, IL EUT FAIM. Par cela est signifiée la préoccupation qu’il avait du salut des Juifs. Ainsi, il vint donc de bon matin comme un ouvrier préoccupé de se nourrir, comme [il est dit] plus haut, 20, 1, que le royaume des cieux est semblable au maître qui sort de bon matin pour embaucher des ouvriers pour sa vigne. IL EUT FAIM, corporellement et spirituellement, car il désire toujours faire la volonté du Père. Jn 4, 34 : Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé. [Il eut faim] aussi corporellement. Mais comment ? Puisqu’il était Dieu, tout était en son pouvoir. Aussi pouvait-il jeûner quand il le voulait. Ainsi, plus haut, 4, 2 : Il jeûna quarante jours et quarante nuits. Mais, lorsqu’il le voulut, IL EUT FAIM.

VOYANT UN FIGUIER. Mais pourquoi a-t-il fait un miracle particulièrement à propos du figuier ? Parce que c’est un arbre très humide. Aussi le fait qu’il se dessécha fut-il un miracle très manifeste. Et [le figuier] signifie la Judée pour deux raisons : il produit des figues qui mûrissent rapidement, et ceux-ci étaient les apôtres, qui sont les premiers [fruits] ; et aussi, ce fruit compte plusieurs graines sous une seule enveloppe, comme beaucoup étaient sous la même loi.


Et [ce figuier] se trouvait PRÈS DU CHEMIN, à savoir, le Christ, parce qu’il était en attente et ne voulait pas venir jusqu’au chemin. En effet, [le Christ] était le chemin. Jn 14, 6 : Je suis le chemin, la vérité et la vie ; et Is 36, 21 : Voici le chemin : suivez-le !


IL S’EN APPROCHA. Chez Marc, on lit qu’il s’approcha pour voir s’il y trouverait quelque chose. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Ce n’était pas alors le temps des figues. Il faut dire que parfois l’Écriture présente une chose, non pas comme elle est en réalité, mais en raison de son effet. Ainsi, il ne s’est pas approché pour chercher, mais il s’est approché en raison de la suspicion des disciples. Il s’approcha donc en vue de faire un miracle. Il s’approcha d’elle, lorsqu’il visita la Judée. Lc 1, 78 : L’Astre d’en haut nous a visités. [Ce figuier] avait des feuilles, c’est-à-dire des observances légales, mais pas de fruit. De même certains ont-ils parfois une certaine apparence d’honnêteté, bien qu’ils soient mauvais et pervers à l’intérieur.

Vient ensuite la malédiction : IL LUI DIT : « JAMAIS PLUS TU NE PORTERAS DE FRUIT ! » Il semble qu’il ait mal agi, car ce n’était pas le temps des figues. De même, il semble qu’il ait causé du tort au propriétaire [du figuier]. Observe comment les paroles du Seigneur sont une figure, comme le sont ses gestes. Parfois, le Seigneur veut mettre en lumière son enseignement, et alors il le met en lumière chez les hommes ; parfois, [il veut mettre en lumière] sa puissance punitive, et alors il la met en lumière dans d’autres choses. Il exerça donc là son pouvoir pour montrer que la Judée serait stérile, comme on le trouve en Rm 11. Ainsi, il arrive parfois que certains, qui sont mauvais à l’intérieur, mais sont florissants à l’extérieur, sont desséchés par le Seigneur afin qu’ils ne corrompent pas les autres. 2 Tm 3, 8 : Des hommes à l’esprit corrompu et peu fiables en matière de foi, mais ils n’iront pas plus loin. Lc 13, 7 : Voici trois ans que je viens vérifier qu’il y a des fruits dans ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le !


Vient ensuite l’effet : À L’INSTANT MÊME, LE FIGUIER SE DESSÉCHA. Ps 21[22], 16 : Ma puissance s’est desséchée comme une coquille, car, au temps des apôtres, le judaïsme se dessécha et après, les dispositions légales se desséchèrent à mesure que crût l’évangile. Et ils sont devenus abominables, une terre féconde s’est desséchée par la malice de ses habitants, Ps 106[107], 34.

À CETTE VUE, LES DISCIPLES FURENT TOUT ÉTONNÉS. Ici, en premier lieu, l’étonnement est présenté ; en second lieu, la réponse à l’étonnement.
[Matthieu] dit : À CETTE VUE, LES DISCIPLES FURENT TOUT ÉTONNÉS, comme les hommes s’étonnent lorsqu’on voit un bon esprit se dessécher d’un coup. Ainsi [les disciples] s’étonnent de voir [le figuier] se dessécher si rapidement.


MAIS JÉSUS LEUR RÉPONDIT, etc. Ici, [Jésus] répond [à l’étonnement des disciples] : premièrement, en montrant la puissance de la foi, ce pourquoi il dit : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS. Plus haut, il a présenté la même position, mais ici il l’explique. Il dit donc : SI VOUS AVEZ UNE FOI QUI N’HÉSITE PAS. La foi doit donc être ferme et sans hésitation. Jc 1, 6 : Qu’il le demande avec foi sans hésiter. NON SEULEMENT VOUS FEREZ CE QUE JE VIENS DE FAIRE AU FIGUIER : en effet, lui-même habite en l’homme et agit en l’homme par la foi. Ainsi, comme lui-même agit, de même agit celui en qui il habite. SI VOUS DITES À CETTE MONTAGNE : « SOULÈVE-TOI ET JETTE-TOI DANS LA MER ! », CELA SE FERA. Certains disent que cela n’est jamais arrivé. Jérôme dit que les apôtres ont fait beaucoup de choses qui ne sont pas écrites. De même, si on ne lit pas qu’ils l’ont fait, on lit que d’autres hommes apostoliques l’ont fait, comme le raconte Grégoire à propos de l’un [d’eux], ainsi qu’il a été dit plus haut. De même, le Seigneur n’a pas dit que cela arriverait, mais que cela pourrait [arriver], si cela était nécessaire. Mais la nécessité ne s’en est pas présentée. 


Au sens spirituel, nous entendons par la montagne le Diable. Ainsi, si vous dites au Diable : « JETTE-TOI À LA MER ! », c’est-à-dire dans l’enfer, CELA SE FERA. Ou bien : [JETTE-TOI] DANS LA MER, c’est-à-dire dans les hommes mauvais. Ou bien, [on entend] par la mer l’orgueil. Ps 89[90], 2 : Avant que les montagnes n’apparaissent et que la terre et le monde ne soient formés, de toujours à toujours tu es Dieu. Ainsi, SI VOUS DITES à l’orgueilleux : « DÉPLACE-TOI » de chez les justes, ET JETTE-TOI À LA MER, c’est-à-dire chez les hommes mauvais. Ou bien, [on entend] par la montagne le Christ. Ainsi, SI VOUS DITES À CETTE MONTAGNE, c’est-à-dire au Christ, DÉPLACE-TOI, à savoir, de chez les Juifs, ET JETTE-TOI À LA MER, c’est-à-dire chez les Gentils, qui sont une mer par leur turbulence. Ac 13, 46 : Parce que vous vous êtes estimés indignes de la vie éternelle, voici que nous nous tournons vers les païens.
 
De même, il aborde la puissance de la prière : TOUT CE QUE VOUS DEMANDEREZ LORSQUE VOUS PRIEREZ AVEC FOI, VOUS LE RECEVREZ. Plus haut, 2, 7 :
Demandez et vous recevrez.

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CONCLUSION

Ces commentaires montrent qu'il faut avoir des fruits et non des feuilles (l'apparence seulement du bien) ; que les fruits doivent parvenir à maturité (et donc non comme la femme qui attend son enfant) :

"La Charité du Christ nous presse", dit saint Paul.