Les dimanches-numéros

par Dom Édouard Guillou, Bénédictin

Itinéraires n° 255 – p. 113 -119

 

Dom Guillou fut un éminent liturgiste. Nous publions ci-dessous en ce temps estival un texte qui nourrira les âmes assoiffées de vérité.

 

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La fête de Pâques est la plus ancienne de toutes. Elle est le premier noyau de la liturgie. Elle en reste le cœur, car « si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine ». Le Seigneur s’est levé vainqueur du Prince des ténèbres et chassant la nuit de la mort, du désordre et du péché. C’était le lendemain du sabbat, c’est-à-dire le jour correspondant à la création de la Lumière. Une semaine après (post dies octo), en apparaissant à saint Thomas, le Sauveur achevait de confirmer la foi de ses Apôtres ; il inaugurait lui-même le rappel hebdomadaire de sa résurrection, unissant ainsi la liturgie d’Israël à celle des païens appelés à former le nouveau peuple de Dieu, car ils consacraient ce jour-là au dieu du soleil. Ce huitième et à la fois premier jour de la semaine devenait désormais festif pour l’univers entier. C’est notre dimanche ou Jour du Seigneur (dominica die).

 

En même temps, l’anniversaire de la Résurrection amenait aussi les autres fêtes à s’échelonner au cours d’une seule année, comme pour en constituer la précieuse couronne. D’où le cycle liturgique, suivant la course, annuellement renaissante, de la lumière et contribuant à fixer la naissance de Jésus au 25 décembre où les jours commencent à grandir, et celle de saint Jean-Baptiste le 24 juin où les jours commencent à baisser : « A lui de croître, à moi de diminuer. » Le même symbolisme entraînait aussi l’Annonciation du 25 mars neuf mois avant Noël, le temps d’une gestation. L’Ascension à l’heure de midi, lorsque les jours sont les plus longs, apparaît alors avec un caractère triomphal.

 

Mais un nouvel ordre s’organise à partir de la venue du Saint-Esprit sur les Apôtres le jour de la Pentecôte. C’était à la 3e heure, dans un matin radieux, que prenait naissance la sainte Église. Elle est chargée désormais de continuer l’œuvre du Christ ; elle est son Corps mystique, la perpétuation de son incarnation et de sa présence vivifiante pour toutes les nations jusqu’à la fin des temps. Comme disait Jeanne d’Arc qui n’avait pas besoin pour cela de diplômes : « De Jésus-Christ et de son Église, m’est avis que c’est tout un. »

On comprend mal, alors, dans cette symbolique fondamentale, si harmonieuse et si merveilleuse, associant la nature et la surnature, la création des trissotins de la néoliturgie échelonnant la « lecture continue » sur trois années A, B, C. L’a.b.c. de la psychologie est que la répétition annuelle des mêmes textes favorise beaucoup plus certainement la mémoire du peuple, en l’accrochant par surcroît aux fêtes principales.

 

Dans la liturgie nouvelle, le Carême commence impromptu, malgré son importance capitale, sans les trois dimanches qui, à partir de la Septuagésime, nous y acheminent et au cours desquels les lectures de l’Office divin nous font assister aux origines de l’histoire sacrée et d’abord à la chute première qui appelle le Rédempteur et prédispose à la pénitence. Il y a tout de même quelque intérêt à ce que soit fortement rappelé le péché originel, qui n’est point, comme on a osé l’écrire, une invention de saint Augustin puisqu’il l’a affirmé en se basant sur saint Paul (cf. les leçons du 2e nocturne de la Septuagésime). Y pense-t-on encore quand on retarde si facilement le baptême des enfants, sous prétexte de le réserver à l’âge de raison (mais la raison y est-elle alors préparée ?) ou même à l’âge adulte, c’est-à-dire celui des passions (mais la grâce d’une vie chrétienne antérieure ne prépare-t-elle pas à les dominer ?).

 

Voilà donc les trois dimanches préparant au Carême devenus de purs numéros, pareils aux membres épars d’un grand corps. Ils rejoignent leurs semblables, privés de leur relation à l’Épiphanie et à la Pentecôte. Il s’agit là d’une grave erreur, d’une incompréhension de la liturgie lourde de conséquences. Oui, les dimanches précédant Noël ou Pâques, ou bien ceux du Temps pascal nous orientent directement vers les mystères du Seigneur, venu en terre, mort pour nous, ressuscité pour nous, élevé au Ciel d’où il nous envoie le Saint-Esprit, mais il y a à voir et à faire voir aussi que les dimanches après l’Épiphanie et après la Pentecôte nous orientent, eux, comme il vient d’être dit, vers le Corps mystique du Christ qui est l’Église étendue à toutes les nations jusqu’à ce que le Seigneur revienne en gloire pour rassembler tous ses élus. C’est dans cette perspective que se situe le sacrifice de nos autels, renouvelant l’offrande du Fils à son Père pour lui procurer de siècle en siècle des enfants jusqu’à ce que leur nombre soit complet.

 

Le plus élémentaire approfondissement de la liturgie traditionnelle, telle qu’elle est parvenue jusqu’à nous sous l’influence perpétuelle de l’Esprit, aurait dû faire comprendre le sens conjoint de l’Épiphanie, ou manifestation du Seigneur à toutes les nations, et de la Pentecôte lançant l’Église à la conquête du monde.

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Alors que l’Épiphanie se présente sous trois aspects : la venue des mages, le baptême de Notre Seigneur, le premier et mystérieux miracle des noces de Cana, la liturgie romaine – et cela la caractérise – insiste sur le premier. N’étaient quelques rares textes de l’office et notamment l’hymne ainsi que les antiennes de Benedictus et des Vêpres, tout y évoque la manifestation du Seigneur aux Gentils, c’est-à-dire tous les peuples désormais rassemblés dans l’Église pour une nouvelle et éternelle alliance. Le peuple de Dieu, c’est, à l’avenir, l’Église à vocation universelle, dite pour cela catholique, dont le chef désigné par le Christ est Pierre en personne et chacun de ses successeurs. Rien ne convenait donc mieux à la liturgie romaine que l’accent mis sur le mystère ecclésial du rassemblement de toutes les nations dans une même foi, une même charité et sous un même Pasteur.

 

Or, qui ne voit le rapport entre l’arrivée des nations en la personne des Mages au berceau du Christ venant pour le salut du monde entier, et l’essor de l’Église à la Pentecôte, fondée pour aller à tous les hommes ? Il y a là une ressemblance que la liturgie se doit de méditer et de rappeler sans cesse. Les dimanches « après l’Épiphanie » et « après la Pentecôte » y contribuent.

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Dès la première lecture de la messe de l’Épiphanie la note est donnée. Isaïe voit la Lumière se lever sur la Jérusalem nouvelle et les peuples ou les rois accourir de toute part ; de loin viennent à l’Église une multitude de fils et de filles. Saint Léon s’en émerveille à l’office des Matines : « Celui qu’à Noël la Vierge enfante est aujourd’hui reconnu par le monde… Une étoile a conduit les Mages venus l’ado­rer. C’est ainsi que, du levant au couchant, l’enfantement du vrai Roi fut manifesté avec éclat puisque les royaumes d’Orient apprirent à y croire par les Mages et que l’Empire romain ne l’ignore pas. » Oui, désormais « les nations marchent à la Lumière nouvelle et les rois à la splendeur de son aurore ». (Notons ici, d’ailleurs, que la liturgie épiphanique prolonge et développe le thème de la triomphale « messe du jour » de Noël, laquelle s’achève d’ailleurs opportunément par l’évangile de la venue des rois.)

 

Au lever du soleil, aux Laudes de l’Épiphanie, l’antienne poétique du Benedictus rassemble les trois mystères de cette fête d’une façon caractéristique : « Aujourd’hui, au céleste Époux s’est unie l’Église, car dans le Jourdain le Christ a lavé ses péchés. Les Mages accourent avec des présents à ces Noces royales, et l’eau changée en vin – (annonce de l’Eucharistie) – réjouit les convives du festin. Alleluia ! »

Cette joie déborde sur les dimanches après l’Épiphanie. Qui ne connaît l’extraordinaire et enthousiaste offertoire du 2e dimanche : Jubilate Deo, universa terra ? Toute la terre crie à Dieu son bonheur ! Et l’Église peut chanter dans l’offertoire des dimanches suivants : « La main du Seigneur a montré sa puissance ; la main du Seigneur m’a fait triompher. Je ne mourrai pas mais je vivrai pour publier les rouvres du Seigneur. » Devant ces merveilles et « devant les paroles sorties de la bouche de Dieu, tout le monde (omnes) est stupéfait d’admiration ». (Communion du même dimanche.) « Que le monde entier se prosterne devant vous, mon Dieu, et qu’il chante vos louanges. » (Introït du 2e di­manche.) Le graduel et l’alleluia ne cessent de le redire à partir du 3e dimanche : « Tous les peuples respecteront votre nom, Seigneur, et tous les grands de la terre reconnaîtront votre gloire, car le Sei­gneur a rebâti la citadelle de Sion et il s’y montrera dans sa majesté. » – « Alleluia, alleluia ! le Seigneur est roi ; que l’univers entier s’en réjouisse et jusqu’aux îles lointaines », éparses dans les océans. Les paroles qui commencent aussi le Psaume d’Introït expriment bien le sens universaliste et ecclésial de l’Épiphanie, sur lequel un saint Augustin sut dès le début mettre l’accent.

Or les lectures elles-mêmes maintiennent dans cette perspective. Les évangiles aiment à rappeler les premiers miracles par lesquels Jésus s’est manifesté. Et il faut attacher toute son importance à celui qui nous est raconté le 3e dimanche. La louange du Seigneur à l’adresse du centurion romain est carac­téristique : « En vérité, je vous le dis : je n’ai pas trouvé en Israël une foi aussi grande. Et je vous le déclare : on viendra en foule de l’Orient et de l’Occident prendre place au banquet du Royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob », c’est-à-dire aux Noces royales de Jésus et de son unique Épouse qui est l’Église. Cette Église, Notre Seigneur l’a lancée sur la mer du monde, comme une nouvelle arche insubmersible. On pourra dans les tempêtes s’imaginer que Jésus dort et crier au secours. Jésus ne cesse de dire : « Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? » (Évangile du 4e dimanche.) Les assauts de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. Par manque de vigilance des pasteurs, l’ivraie pourra être jetée dans le champ du père de famille. Le moment viendra où elle sera ramassée à part et jetée au feu (6e dimanche).

 

Certes, d’apparence, l’évangile est une humble semence, mais elle croîtra jusqu’à devenir ce grand arbre qu’est l’Église, et les oiseaux, symboles des âmes fidèles, viendront se nicher dans ses branches (6e dimanche).

 

Qu’est-ce qui fait ainsi la force de l’Église ? C’est qu’en elle bat le cœur du Christ. Poussée par cet amour plus fort que la mort et qui s’adresse à tous les peuples, l’Église est universelle. Elle est, comme disait Léon XIII, « l’œuvre immortelle du Dieu de miséricorde ». En elle se manifeste la charité du Christ. Là où est la charité véritable, là est l’Église. On s’attend donc, dans les dimanches après l’Épiphanie, à la louange insistante de la charité. En effet, les lectures de saint Paul vont toutes dans ce sens. Il faudrait les citer largement. Contentons-nous de quelques extraits : « La charité est le plein accomplissement de la loi » (Épître du 4e dimanche). – « Frères, ne vous fiez pas à votre propre jugement et ne rendez à personne le mal pour le mal… Ne vous faites pas justice à vous-même, mais laissez agir la colère de Dieu… Ne vous laissez pas vaincre par le mal mais triomphez du mal par le bien » (3e dimanche). – « Aimez-vous affectueusement comme des frères. Ayez les uns pour les autres des prévenances pleines de respect… Bénissez ceux qui vous font du mal, bénissez sans jamais maudire… Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent… » etc.

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Ce sont les mêmes idées fondamentales que développent, en priorité, les dimanches après la Pentecôte, surtout par les lectures évangéliques. Les premiers dimanches sont doublés, non sans raison providentielle, par les fêtes de la Trinité, du Corpus Christi et du Sacré-Cœur, qui toutes nous établis­sent dans cette charité qui fait l’Église. La Trinité, c’est Dieu en trois personnes, Dieu unique donc, mais non pas solitaire. De toute éternité, avant que le monde soit, il est l’Amour même ; c’est cet amour que le Seigneur entend répandre partout quand il demande à son Église d’enseigner toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Le sens unitaire du Corps du Christ n’est pas moins clair et celui de la fête du Sacré-Cœur. En concomitance avec ces fêtes, les dimanches après la Pentecôte sont aussi éclairants. C’est d’abord le festin des Noces du Verbe avec l’humanité et du Christ avec l’Église, son unique épouse. A ce festin, toutes les nations sont conviées à leur tour, qui, jusque-là, étaient méprisées par les juifs : « Va par les places et les ruelles de la ville ; mendiants, boiteux, aveugles, estropiés, amène tout ici » (Évangile du 2e dimanche après la Pentecôte) à la place des invités qui ont refusé de venir.

 

Le Seigneur s’est fait homme pour tous ceux qui sentent le besoin de miséricorde et de pardon ; il est venu pour amener dans son bercail les pécheurs et les brebis égarées (Évangile du 3e dimanche). Ce bercail est celui des Apôtres, choisis pour être pasteurs d’hommes. L’Église est apostolique (4e di­manche). Elle se distingue de l’Ancienne Loi parce qu’elle va plus loin et plus profond ; elle est l’avènement de la Grâce et de l’Amour. Sa charte est le discours sur la montagne (5e dimanche). Elle est la maison nouvelle et universelle où tous peuvent être rassasiés du même pain multiplié (6e dimanche). Elle se garde des faux prophètes et son œcuménisme n’a rien à voir avec l’acceptation de toutes les doctrines : elle seule, entée sur la Vérité qui est le Christ, peut porter de bons fruits (7e dimanche). Entée aussi sur la charité du Christ, elle prône le pardon des offenses parce que le Seigneur est miséricordieux (8e dimanche). La loi ancienne a fait son temps ; la Jérusalem antique, murée dans son orgueil, n’a pas reconnu le Messie et elle est rejetée ; à son temple détruit succède le temple de Dieu dans le monde qu’est la Jérusalem nouvelle (9e dim.). Là, ce que le Seigneur demande, c’est que l’on se reconnaisse pécheur, c’est que l’on sollicite la divine miséricorde (10e dim.). Grâce à cette miséricorde, ceux qui jusque-là étaient sourds et muets se prennent à parler distinctement et à chanter les louanges de Dieu (11e dim.). Ils sont unis entre eux, quels que soient leur sang, leur race, leur na­tion, car le grand commandement de l’amour du prochain pour l’amour de Dieu cesse d’en faire des étrangers : oui, c’est un Samaritain, honni des Juifs, qui observe la loi nouvelle (12e dim.). Délivrés de la lèpre du péché, ils sont pleins de reconnaissance : « Il n’y a que cet étranger pour venir remercier Dieu », dit le Seigneur (13e dim.). Pas question de compter, dans l’Église, sur ses propres forces ; le tout est de s’abandonner à la Providence avec une totale confiance : « Voyez les lis des champs, comme ils croissent ! Salomon dans toute sa gloire n’était pas mieux vêtu. » Chercher le royaume de Dieu qui est descendu parmi nous, voilà l’essentiel, le reste est accordé par surcroît (14e dim.). Il n’y a de vie et de résurrection à attendre que du Seigneur Jésus-Christ qui a pitié des larmes de son Église pour ses enfants que le péché a fait mourir (15e dim.). Dans l’Église, encore une fois, tout repose sur l’humilité. C’est par là qu’elle est l’échelle du Paradis : « Celui qui s’élève sera rabaissé, celui qui s’humilie sera exalté » (16e dim.). Le Christ, fils de David, est en même temps son Seigneur ; c’est à elle que doit conduire l’Ancien Testament (17e dim.). C’est à elle que le Seigneur a confié le pouvoir divin de pardonner en son nom et place puissance qu’aucun homme ne pourrait s’adjuger (18e dim.).

 

Grâce à elle, il est possible à tout homme de revêtir la robe nuptiale qui donne droit au festin céleste (19e dim.) avec tous ceux que rassemble la même foi et qui, comme l’officier de Capharnaüm, prennent, avant toute constatation, le Christ au mot (20e dim.). Pardonnés, les chrétiens pardonnent, c’est une condition sine qua non de l’appartenance à l’Église de Dieu (21e dim.), une Église qui ne ressemble pas aux autres institutions humaines, parce que le royaume du Christ n’est pas de ce monde ; il se veut distinct des pouvoirs terrestres, car s’il faut rendre à César ce qui est à César, il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu (22e dim.). L’Église est branchée sur le Ciel dont elle doit tout attendre et qui est attentif à sa prière comme à celle de l’Hémoroïsse et de Jaïre (23e dim.). En attendant qu’un jour le Christ revienne sur les nuées « avec une grande majesté, envoyant ses Anges sonner de la trompette éclatante aux quatre coins du ciel pour rassembler ses élus » (dernier dimanche après la Pentecôte).

 

Cette suite d’évangiles se trouve, de fait, contenir l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur l’Église une, sainte, catholique et apostolique, confessée par notre Credo : sa substitution définitive à l’ancienne Al­liance devenue étroite, formaliste et prétentieuse, et ne concernant qu’un seul peuple ; sa distinction des pouvoirs civils, son établissement sur les colonnes des Apôtres et sur la pierre angulaire qui est le Christ ; son souci de se préserver des fausses doctrines et des mauvais prophètes ; son esprit nouveau tout d’humilité, de charité et de miséricorde ; la puissance de sanctification que le Seigneur exerce à travers elle et à travers ses sacrements jusqu’à la victoire finale qui sera en même temps celle du Corps mystique parvenu à son achèvement.

 

Certes, ce triomphe sera l’établissement définitif de la royauté du Christ, mais ce n’était pas une raison pour transporter au dernier dimanche de l’année liturgique la fête du Christ-Roi, car c’est dès maintenant et toujours que nous devons militer pour que ce règne arrive sur la terre comme au ciel. Il n’y a point à attendre le dernier jour comme si le Christ-Oméga était le point final d’une évolution du monde à la Teilhard. Ce jour-là sera un jour d’effroi, de colère (dies irae dies illa) tel que les prophètes l’ont annoncé. « Y aura-t-il encore de la foi sur la terre quand je reviendrai », a dit le Sauveur, et nous avons tous en mémoire la description lamentable que saint Paul fait des hommes des derniers temps dans sa seconde épître à Timothée. Le triomphe du Christ sera celui de sa croix qui mettra fin à l’ensorcellement diabolique. Et là, nous devons signaler que dans l’extraordinaire valse des oraisons à laquelle la néoliturgie s’est employée, il en est qui ont disparu. Qu’est devenue la secrète du 15e dimanche après la Pentecôte qui demandait protection « contre les attaques du démon » (contra diabolicos incursus) ou « contre la fureur des ennemis » (postcommunion du lundi de la Pen­tecôte aujourd’hui supprimé).

 

A-t-on peur de ce que Pie XII reprochait à l’aile marchante ? En est-on toujours à l’accusation de ghetto faite à l’Église et stigmatisée par le pape ? Pourquoi ne retrouve-t-on plus la collecte admirable du 17e dimanche après la Pentecôte : « Nous vous en prions, Seigneur, donnez à votre peuple d’éviter la contagion diabolique… (diabolica vitare contagia) » ? Pourtant, comment oublier, face au tableau que font de l’Église les évangiles susdits, comment oublier que Satan avec ses affidés, est la Contre-Église en personne, la cause des désunions et des haines, comme des confusions, altérations et tromperies dont la famille de Dieu doit absolument se garder.

 

Enfin, si dans le temps après la Pentecôte quelque chose convient, c’est bien la prière de l’Église pour elle-même. Or, on n’en trouve pas plus trace dans les collectes directement indiquées pour les dimanches-numéros. Ajoutons donc à l’oraison disparue du 17e dimanche, celles des 14e, 15e, 21e, 22e et 23e dimanches après la Pentecôte :

« Veillez, Seigneur, sur votre Église avec une bonté constante, et puisque sans vous la nature mortelle de l’homme ne peut que tomber, que votre secours la préserve toujours des fautes qui la menacent et qu’il la dirige vers le salut. »

 

« Daignez, Seigneur, purifier et protéger votre Église par votre incessante miséricorde, et puisque sans vous elle ne peut garder sa stabilité, que votre grâce la gouverne toujours. »

 

« Nous vous en prions, Seigneur, veillez toujours sur votre famille avec un soin paternel. Que votre protection la délivre de toutes les embûches et la rende fidèle à bien agir pour l’honneur de votre nom. »

 

« Dieu, notre refuge et notre force, écoutez les prières ferventes de votre Église, puisque vous êtes vous-même l’auteur de cette ferveur, et faites-nous obtenir avec certitude ce que nous vous demandons avec foi. »

 

« Nous vous en prions, Seigneur, pardonnez les fautes de votre peuple ; et dans votre bonté, délivrez-nous des liens de ces péchés que notre faiblesse nous fait commettre. »

 

 

 

Fr. Édouard Guillou, m.b.