« Agissez en tout sans murmures ni hésitations, afin que vous soyez sans reproche, simples,

enfants de Dieu irrépréhensibles au milieu de ce peuple pervers et corrompu,

dans le sein duquel vous brillez comme des flambeaux dans le monde. » - Philippiens 2, 15.

Avec les beaux jours qui arrivent, il est utile, voire nécessaire, de rappeler les règles prudentes et sages que la sainte Église enseignait dans les jours heureux où elle éduquait ses enfants. Elle tenait compte du fait que nous sommes enfants d’Adam et Ève, blessés par le péché originel et ses conséquences, notamment dans le domaine de la concupiscence. La pudeur est la gardienne nécessaire de la pureté.


Nous publions ci-dessous un texte du Père Calmel. Bien que rédigé voici plus de quarante ans, cet écrit est très actuel.

D'ici l'été nous publierons d'autres textes sur le même sujet.

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LE VETEMENT A-T-IL UNE IMPORTANCE
DANS LA FIDELITE A JESUS-CHRIST ?

ETANT DONNE les modes actuelles et qu’il faut partir de ce qui est, la position du problème est celle-ci. En quoi et comment la dénudation du corps est-elle honnête ? En quoi est-elle odieuse et coupable ?


Le vêtement a-t-il une importance dans la fidélité à Jésus-Christ ? L’exhibition s’oppose-t-elle à cette fidélité ?


D’où faudrait-il partir pour élaborer une théologie du vêtement chez la femme ? Je dis chez la femme, parce que pour elle plus que pour l’homme la question est importante ; de même qu’elle est engagée en quelque sorte plus profondément que l’homme quand il s’agit d’amour et de mariage ou de virginité.


Nous n’allons pas, évidemment, mettre en problème qu’une façon honnête et modeste de s’habiller ne fasse honneur à la femme, - n’aide à sa pureté et à la pureté de ceux qui l’entourent - ne soit voulue par le Seigneur et son Église.

Ce dont il s’agit c’est de faire sentir (faire sentir plus encore que convaincre) que le déshabillé des modes actuelles constitue un déshonneur pour la femme, une tentation pour les hommes et offense véritablement le Seigneur. Il est sans aucun doute très grave que les femmes et les jeunes filles ne sentent plus ces choses ou du moins qu’elles fassent semblant de ne les plus les sentir ; l’insensibilité en ces domaines, si graves et si élémentaires, prouve que chez elles quelque chose de foncier a été atteint et plus ou moins faussé ou détruit ; c’est le sens même de la pudeur qui est affaibli ou annihilé.

Normale pour des raisons d’hygiène et dans le mariage, la dénudation du corps, dans l’un et l’autre cas, reste d’un caractère privé et n’a pas à être publique. Quel humain honnête pourrait en douter ? La raison est obvie : de même que l’expression charnelle de l’amour entre l’homme et la femme reste une chose strictement privée (et que tout le monde en convient même les plus cyniques) de même ce qui dans l’être humain se rapporte ou peut se rapporter directement à l’expression charnelle de l’amour n’a pas à être exhibé en public. C’est d’un domaine sacré ; d’un sacré qui concerne le secret de l’être et du don qu’il peut faire ; d’un domaine sacré qui est constamment menacé par la bassesse de la convoitise. Exhiber en public ce qui est en rapport immédiat avec le secret du don le plus personnel et le plus vulnérable c’est une odieuse profanation.

Il est devenu courant de dire : ce n’est pas une profanation du tout ; c’est simplement une affaire de conventions sociales ou de commodité. Quelle imposture ! Comment ose-t-on prétendre que le secret et la réserve dans ce qui est ordonné à l’expression charnelle de l’amour n’est pas une exigence personnelle et que c’est la société qui a ainsi convenu ? Comment n’arrive-t-on pas à avouer qu’il existe une différence du tout au tout entre la couleur du vêtement, par exemple, qui est affaire de pure convention et l’absence en public de vêtement ou, ce qui est pire, l’usage d’un vêtement dont la fonction propre est de déshabiller la femme ou la jeune fille et de faire ressortir sa nudité.

Comment se fait-il que la femme et la jeune fille au vingtième siècle (et davantage encore au vingt-et-unième siècle - ndlr) se montre si facilement déshabillée en public ou pour mieux dire, habillé d’un vêtement qui la met à nu ? Inconscience ? en partie peut-être chez quelques-unes, chez les plus jeunes. Entraînement de la mode et consentement à l’ambiance ? Vanité plus ou moins naïve ? A coup sûr et pour un grand nombre. En effet pourquoi la vanité se manifeste-t-elle par un vêtement équivoque, sinon parce que la vanité se mêlait déjà d’un sentiment trouble ; et par ailleurs si on s’est laissé entraîner il fallait bien que quelque chose ne résiste pas à l’entraînement. Ce qui fléchit c’est le sentiment du sacré de l’amour et de ce qui s’y rapporte, le sentiment de la pureté du corps. La véritable raison est celle-là. C’est parce que beaucoup de femmes et de jeunes filles n’ont plus le sens de la pureté, se considèrent sans respect et acceptent leur profanation qu’elles se laissent entraîner par des modes honteuses.

Pour réagir, pour obtenir cette chose élémentaire que la femme paraisse en public décemment habillée on ne peut plus compter sur l’ordre imposé spontanément par une société saine. La personne n’a plus grand’chose à espérer du milieu ; elle ne peut guère compter que sur elle-même et sur la grâce de Dieu. En dehors d’une pureté très personnelle, très consciente, très résolue on voit mal ce qui amènerait femmes et jeunes filles à être honnêtes dans leur vêtement et leur tenue. Qu’elles prennent donc conscience qu’elles sont sacrées et que le vêtement est chose sacrée. Alors seulement elles cesseront de faire comme tout le monde. Elles se risqueront à établir une coupure rigoureuse avec une ambiance et des usages qui généralisent la profanation.

Et comme la prise de conscience personnelle est grandement aidée par l’éducation, que les mères de familles se rendent comptent enfin avec leurs tout-petits que la pureté commence à cet âge-là ; elle se prépare ou déjà se détruit par les habitudes qu’on leur donne de se tenir ou de s’habiller. Il ne s’agit pas d’être bégueule. Il s’agit de savoir que dans les attitudes qu’on fait prendre ou qu’on laisse prendre au tout petit enfant le vice ou la vertu sont déjà tracés et préformés, notamment l’impureté ou la pudeur.

Nous avons été rachetés à grand prix : glorifions et portons Dieu dans notre corps même, et dans notre manière de nous vêtir.

R.-Th. Calmel o.p. (+ 1975)