Éducation :

La secte du Mammouth

R.P. Joseph O.F.M.

10 novembre 2020

 

Les prétentions inouïes du Président Macron énoncées dans son discours du 2 octobre 2020 aux Mureaux, sont la suppression de l’école à la maison, l’obligation de la scolarisation à 3 ans et le renforcement du contrôle d’écoles hors contrat déjà sur contrôlées. Nous devons les rejeter comme iniques et destructrices.

A cette fin, nous rappelons les titres des trois sociétés éducatrices traditionnelles (I), nous exposons quel a été le combat des catholiques confrontés à leur dissolution (II) avant de dénoncer le totalitarisme éducatif de l’heure présente (III).

  1. Les titres respectifs des trois sociétés éducatrices

L’éducation des enfants requiert le concours obligatoire de trois sociétés qui ont été toutes les trois voulues et établies par Dieu. Distinctes mais harmonieusement unies entre elles, deux de ces sociétés sont d’ordre naturel : la famille et la société civile, tandis que la troisième, l’Église, est d’ordre surnaturel.

En premier lieu, la famille, instituée immédiatement par Dieu, a pour fin propre la procréation et l’éducation des enfants. Aussi a-t-elle une priorité de nature et, par suite, une priorité de droits sur la société civile. Le droit pour des parents d’éduquer leurs enfants est inaliénable et il n’est permis à aucun pouvoir humain, quel qu’il soit, d’en rien retrancher comme il est d’ailleurs interdit aux parents eux-mêmes d’en rien relâcher. Qu’on se souvienne en particulier que les enfants ne sont agrégés à la société civile que par l’intermédiaire de la famille. Toutefois le droit des parents n’est pas arbitraire et demeure subordonné à la fin dernière et à la loi naturelle et divine. Voilà pourquoi il est soumis au jugement et à l’autorité de l’Église.

L’Église catholique a ensuite toujours revendiqué l’éducation des enfants comme l’un de ses attributs essentiels. Elle fait un devoir aux parents de confier leurs enfants à des maîtres vraiment catholiques sur la formation desquels elle veille. Elle se soucie de la conformité à la vérité de l’enseignement dispensé, spécialement en ce qui concerne l’instruction religieuse.

Enfin, l’État a lui-même également un droit certain sur l’éducation, droit fondé sur sa charge du bien commun temporel.

Au titre d’extension de la famille, il doit compléter son œuvre en lui fournissant les moyens d’atteindre sa perfection temporelle. Il doit protéger le droit de la famille et de l’enfant à une vraie éducation chrétienne. Son devoir est donc de protéger par ses lois le droit antérieur qu’a la famille sur ses enfants et le droit surnaturel de l’Église sur cette même éducation. Jamais l’État ne peut se substituer à une famille. En des cas extraordinaires, il ne peut que jouer un rôle de suppléance.

2. Le combat des catholiques orphelins confrontés à la dissolution des sociétés éducatrices

Des idéologies et des doctrines dissolvantes ont aujourd’hui presque triomphé des sociétés éducatrices traditionnelles.

Au concile Vatican II, un magistère nouveau, d’inspiration silloniste, manifeste tragiquement qu’il ne comprend plus ce qu’est l’école catholique. Quelques années auparavant, en France, en 1959, cette même inintelligence a déjà livré les écoles privées à la mainmise étatique. Désormais, les catholiques vont devoir prendre conscience que, pour transmettre la foi à leurs enfants, ils ne peuvent plus se fier à des écoles qui renieront peu à peu leur identité religieuse.

La famille, quant à elle, fait l’objet des attaques dislocatrices les plus répétées, les plus violentes, les plus odieuses. La révolution n’a de cesse que d’obtenir son explosion par ces lames de fond que sont le féminisme, le divorce, le règne de l’enfant-roi, l’invention de ʺfamilles alternativesʺ autres que la famille monogame. C’est sur le principe même que la république conteste le droit des parents d’éduquer leurs enfants.

L’Etat, enfin, est appelé à éclater comme la grenouille de la Fable à force d’avoir accaparé toutes les missions des corps intermédiaires. Son incapacité à assumer tous les rôles le discrédite chaque jour davantage aux yeux d’un peuple au bord de la révolte. Dans l’Éducation Nationale, comme ailleurs, règne le fanatisme de l’idéologie marxiste. L’école a été avilie par des réformes successives et en particulier par le projet Langevin-Wallon (1945) basé sur le matérialisme et l’utilitarisme. Elle fait honte à la France par les records d’illettrisme et d’analphabétisation qu’elle remporte.

Dans ce maelström, les catholiques ont compris de mieux en mieux que leur salut ne pourrait venir que de la création d’écoles entièrement libres. Ils ont fondé les écoles hors contrat au prix de mille sacrifices. C’était la vraie solution pour permettre une transmission, digne de ce nom, de la Foi et de la pensée. Bien que contraintes par le passage des examens d’État, ces écoles ont été la Providence des parents catholiques depuis 50 ans.

Mais, depuis plus de vingt ans, la république, qui a repéré la faille à son monopole, s’est dotée du pouvoir d’inspecter les écoles hors contrat et la scolarisation à domicile. Elle ne peut tolérer le nombre grandissant d’enfants qui échappe à ses diktats. Sa vindicte se traduit par une multiplication de contrôles visant à démontrer que les dogmes républicains n’y sont pas enseignés. On a vu jusqu’à des déferlements de dix-sept inspecteurs lâchés dans des écoles de moins de 200 élèves pour y photographier les cahiers des enfants, page après page, et les interroger individuellement pour en arracher des réponses ʺréactionnairesʺ.

Cette férocité ne suffisait cependant pas encore. Le discours du Président Macron du 2 Octobre aux Mureaux signe l’hallali de l’école à la maison pour la rentrée 2021, annonce un nouveau renforcement du contrôle des écoles hors contrat et impose la scolarité obligatoire à trois ans.

 

3. Motifs de notre contristation de la tyrannie éducatrice de l’État qui s’est à nouveau manifestée dans les annonces macroniennes du 2 octobre 2020

Notre contristation ne porte nullement sur le titre que possède l’État en matière d’éducation. Bien que plus modeste que les deux autres, il est cependant réel et important.

En revanche, nous dénonçons le vieux postulat totalitaire selon lequel les enfants appartiendraient à l’État et sa prétention de monopole en matière d’éducation. Nous protestons contre la confiscation des titres de la famille et de l’Église sur les enfants par l’État tentaculaire.

Nous stigmatisons la folie idéologique d’un État qui veut libérer les enfants de tous leurs ʺdéterminismesʺ comme criminelle et nous affirmons que l’État moderne doit être considéré comme la première et la plus dangereuse de toutes les sectes de telle manière que, de facto, il perd tout droit sur l’éducation.

1.      La dénonciation du postulat totalitaire selon lequel les enfants appartiennent à l’État et leur éducation au monopole étatique :

ʺIl est temps de rétablir ce grand principe que les enfants appartiennent à la République avant d’appartenir à leurs parentsʺ disait clairement Danton à la Convention au milieu d’applaudissements unanimes. Cette prétention rousseauiste, celle de tous les révolutionnaires, considère que l’éducation est par l’État ou pour l’État. Mais, concrètement, qui est l’État ? Des hommes qui appartiennent à des partis politiques, adhèrent aux grandes idéologies dominantes, doivent se conformer aux directives des loges et des lobbys. L’Éducation par l’État, c’est l’éducation destinée à faire, non pas des hommes, non pas même des citoyens, mais des petits pions partisans du régime. Danton, Peillon, Macron continent à répandre cette doctrine communiste : ʺLa garde et l’éducation des enfants devient une affaire publique : la société prend un soin égal de tous les enfantsʺ dit pareillement Engels.

 

2.      La confiscation des titres de la famille et de l’Église par l’État tentaculaire :

L’Éducation est un devoir des parents et de la famille. La première éducation, c’est Dieu, le Père des Lumières, le Dieu des Sciences. Or Dieu a placé près de l’enfant ses délégués visibles, le père et la mère. C’est à eux et non à l’État que Dieu a dit : ʺÉlevez cet enfant pour moiʺ. Eux seuls ont le droit de déléguer pour accomplir cette œuvre celui qu’ils jugent digne de tenir leur place.

Quant à l’Église, Elle possède en raison de son magistère universel et de sa maternité spirituelle par laquelle elle est chargée du salut des âmes, le droit et le devoir de s’occuper de l’éducation des enfants. C’est Elle, et non l’État, qui est maîtresse de vérité. La dégénérescence de l’Église conciliaire n’enlève rien aux prérogatives de l’Église Catholique qui sont simplement mises en œuvre aujourd’hui par des voies de suppléance.

Aussi l’État moderne bafoue le droit naturel et le droit surnaturel pour imposer son idéologie et son juridisme arbitraire. L’outrecuidance de ces jacobins d’une heure est de substituer aux lois immémoriales et respectés sur toute la terre, les folies de leur lubricité. Mais les lois injustes ne sont pas des lois. Elles sont des violences.

3.     La folle idéologie éducatrice des loges :

Le projet éducatif de l’état moderne est monstrueux. Sa haine de l’ordre divin l’amène à vouloir détacher les enfants par tous les moyens de tout le contexte surnaturel et naturel qui l’entourait. Il ne s’agit pas seulement de l’arracher à l’Église et au catéchisme mais aussi à sa famille et à la transmission héréditaire.

A la place de l’Église et de la famille, l’État fabriquera des homoncules qu’il a le front de prétendre ʺlibresʺ au motif qu’ils auront justement été coupés de leurs racines, de toute culture, délivrés de tous les déterminismes de civilisation, de classe sociale, de famille, de religion, de sexe même. Il ne reste que des petits clones formatés par les dogmes d’une pensée unique de laquelle ils ne pourront sortir.

C’est réellement la mainmise du démon sur les enfants à travers le plan le plus effrayant des totalitarismes qui laisse bien loin derrière lui le communisme et le nazisme.

4.      La secte du Mammouth :

ʺL’Éducation Nationaleʺ est très mal placée pour s’ériger en juge des dérives sectaires à l’école et à la maison. Si ces dérives ne manquent effectivement pas, son idéologie l’emporte sur toutes les autres par son caractère totalement destructeur de l’enfance, de l’éducation et de l’humanité. Elle doit être dénoncée pour ce qu’elle est, mise en cause jusque dans ses fondements qui doivent être refusés.

CONCLUSION

Il résulte de ces réflexions que nous refusons les trois prétentions macroniennes et que nous souhaitons que la plus grande bataille soit engagée pour les combattre. Nous voulons le maintien de la liberté de l’école à la maison car, à quelques exceptions près, ce qui y sera donné sera toujours meilleur que ce que dispense l’école publique. Nous rejetons l’obligation de l’école à trois ans comme une nuée inventée par les régimes communistes et totalitaires, profondément contraire à l’équilibre de l’enfant.

Nous invitons enfin les hommes encore un peu sensés à se rendre compte du ridicule qu’il y a d’investir des moyens supplémentaires pour contrôler des écoles hors contrat qui, dans l’ensemble, représentent ce qui fonctionne aujourd’hui le mieux alors que les écoles publiques ne sont plus à même d’assurer à leurs professeurs et à leurs élèves le minimum de sécurité, sans parler de tout le reste.

Que la secte du Mammouth commence donc par faire chez elle le très grand ménage.

Source : https://www.medias-presse.info/education-la-secte-du-mammouth-rp-joseph-capucin/127847/