L’agonie folâtre de la France

 

 

Vous aviez détesté le confinement, vous devez aujourd’hui, tout comme moi, abhorrer ce déconfinement qui n’a été décrété que sur le papier. 

Force est hélas de constater que, depuis 109 jours, le confinement mental a pris le relais de la claustration physique et sociale !

 

Je n’épiloguerai pas sur cet insigne d’esclavage que figure le masque, ou plus grave encore, cette marque de soumission insoupçonnée de nos compatriotes à une entité diabolique : plusieurs rédacteurs clercs ou laïcs l’ont très bien décrit sur des sites amis.

 

Quelle misère, chers lecteurs, de voir dans nos villes et jusque dans nos villages de province, le flot pathétique des piétons bâillonnés. Les files d’attente devant les commerçants ou les bureaux de poste ne sont pas moins navrantes : chacun prend son mal en patience en gardant docilement et scrupuleusement la distanciation physique imposée par les autorités civiles, en limitant les échanges de paroles avec son voisin comme si une sorte d’indifférence à autrui avait pris les rênes de notre vie sociale !

 

J’ai même constaté jusqu’au changement de posture corporelle qu’adoptent souvent les personnes masquées : dos voûté et épaules rentrées, synonymes d’un accablement qui ne dit pas son nom, regard triste voire vide de l’être humain privé de la liberté de montrer son visage, reflet de toutes ses émotions.

 

Pourtant, dès la fin du confinement officiel, les messages publicitaires se sont hâtés d’agiter devant nos yeux les fantômes de la vie « d’avant » avec les injonctions hédonistes habituelles : achetez des voitures, procurez-vous la dernière version de votre smartphone, faites vos courses dans vos enseignes de distribution favorites, partez en vacances, soyez un touriste curieux et prodigue dans ses achats, nourrissez-vous sans retenue de « galettes de Hambourg » (hamburgers) dans les chaînes de restauration rapide bien connues…

 

Il fallait bien redonner au peuple quelques distractions pour réduire une pression sociale potentiellement préjudiciable au Pouvoir.

 

Il m’est revenu alors en mémoire une expression employée par le chancelier impérial d’Allemagne Bismarck (1815-1898) : après avoir infligé à l’armée française une défaite sans précédent à Sedan en septembre 1870 et provoqué la chute du Second Empire, celui-ci, à la veille de l’ouverture de l’Exposition Universelle de 1878 et des réjouissances bruyantes qui l’accompagnaient eut ces mots : « La France a l’agonie folâtre ! ».

 

Ne pourrait-on pas reprendre aujourd’hui cette expression à notre compte ?

 

 

 

Catherine TERIAC

27 août 2020