Connaissez-vous les douze petites vertus ?

« Les petites vertus sont des vertus sociales » dit saint Marcellin CHAMPAGNAT.


Or la famille est l'unité de base de la société.
On peut dire aussi qu'elle est elle-même une société en réduction. 
D'où l'intérêt de ce texte pour renouveler la spiritualité de nos familles.
La pratique de ces petites vertus est la pierre de touche de la perfection de la charité qui doit animer nos familles.

« Mon cher Frère, dit un jour le Père Champagnat, on peut être régulier, pieux, zélé pour sa sanctification, on peut en un mot aimer Dieu et le prochain, sans avoir la perfection de la charité, c'est-à-dire les petites vertus qui sont les fruits, le décorum et la couronne de la charité, et alors il n'y a pas d'union véritable dans les communautés. La négligence ou l'absence des petites vertus, voilà la grande cause des dissensions, des divisions et des discordes entre les hommes. »

Le Frère ayant demandé quelles étaient ces petites vertus, le Père Champagnat fit cet exposé :

Première petite vertu : l’indulgence, qui excuse les fautes d'autrui, les diminue, les pardonne même très facilement, bien qu'on ne puisse se promettre un semblable pardon pour soi-même...

Deuxième petite vertu : la charitable dissimulation, qui paraît ne pas apercevoir les défauts, les torts, les manquements, les paroles mal placées du prochain, et qui supporte tout sans rien dire et sans se plaindre…

Troisième petite vertu : la compassion, qui s’approche des peines de ceux qui souffrent, pour les adoucir, qui pleure avec ceux qui pleurent, qui prend part aux maux de tous, et se met en quatre pour les soulager ou les porter soi-même, afin de les diminuer.

Quatrième petite vertu : la sainte gaieté, qui s’approprie de même les joies des heureux pour les accroître, et pour procurer à ses frères toutes les consolations, tout le bonheur de la vertu et de la vie de communauté… 

Cinquième petite vertu : la souplesse d’esprit, qui n’impose jamais, sans de grandes raisons, ses opinions à personne, mais qui adopte sans résistance ce qu’il y a de judicieux et de bon dans les idées d'autrui, et qui applaudit sans envie aux découvertes des autres, à leurs sentiments, pour la sauvegarde de l'union et de la charité...

Sixième petite vertu : la charitable sollicitude, qui prévient les besoins des autres afin de leur épargner la peine de les sentir et l’humiliation de demander assistance : la bonté de cœur qui ne sait rien refuser, qui est toujours aux aguets pour rendre service, pour faire plaisir et obliger tout le monde...

Septième petite vertu : l’affabilité, qui écoute, sans témoigner la moindre peine, les importuns eux-mêmes, qui est toujours prête à venir en aide à ceux qui réclament du secours, qui instruit, sans se lasser et en toute patience, les ignorants...

Huitième petite vertu : l'urbanité et la politesse, qui portent à prévenir tout le monde par des témoignages de respect, d'égard, de déférence et qui cèdent partout le premier rang pour faire honneur aux autres...

Neuvième petite vertu : la condescendance, qui se prête facilement aux désirs d’autrui, qui s’incline pour complaire à ceux qui sont au-dessous de nous, qui écoute facilement les raisons d’autrui et paraît les apprécier bien qu’elles ne soient pas toujours parfaitement fondées.

Dixième petite vertu : le dévouement au bien commun, qui porte à préférer les intérêts de la communauté, et même ceux des particuliers, aux siens propres, et qui se sacrifie pour le bien de ses frères et la prospérité de la communauté ou de la société.

Onzième petite vertu : la patience, qui se tait, qui supporte, supporte toujours, et ne se lasse jamais de faire du bien, même aux ingrats. L’homme emporté ressemble à un fiévreux ; l’homme patient, à un médecin qui modère les accès de la fièvre, et qui rend la paix à ceux qui l’ont perdue par leur emportement...

Douzième petite vertu : l’égalité d'âme et de caractère, qui fait qu'on est toujours le même, et qu'on ne se laisse pas aller à une folle joie, à l'emportement, à l'ennui, à la mélancolie, à l'humeur, mais qu'on reste toujours bon, affable et content de tout et de tous...


Les petites vertus sont des vertus sociales, c’est-à-dire extrêmement utiles à quiconque vit en société, avec des êtres raisonnables. Sans elles, ce petit monde où nous vivons ne peut être bien gouverné, et les communautés dont nous faisons partie sont dans une agitation et un trouble continuel.

Sans la pratique des petites vertus, nulle paix domestique ne saurait exister et l’on est ainsi privé du premier soulagement aux mille peines quotidiennes de la vie en cette vallée de larmes. Oh ! la triste maison que celle où l’on fait fi des petites vertus ! Supérieurs et inférieurs, jeunes et anciens, tous sont dans la discorde. Sans l’amour et la pratique des petites vertus, il n’est pas possible que trois Frères vivent sous le même toit en paix. Sans la charité et la pratique des petites vertus, une maison religieuse est comme un bagne, comme un enfer.

Voulez-vous que votre maison soit un paradis par l’union des cœurs ? Aimez les petites vertus, pratiquez-les fidèlement ; ce sont elles qui font tout le bonheur d'une maison religieuse (ou d’un foyer).

Saint Marcellin Champagnat